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Voilà maintenant plusieurs mois que j'ai atterri à Kigali. Il est temps que je vous parle de cette ville. Kigali fête ses 100 ans d'existence cette année 2007. Les cérémonies du centenaire ont vu entre autres la pose de nouveaux noms à certaines rues de la capitale, le lancement d'un projet de sculpture murale, une compétition de foot et d'artisanat, la mise en place au centre ville d'un écran géant lumineux d'information. Les cérémonies se sont clôturées mi-novembre par une grande parade au stade, avec concert (donc Chaka Chaka d'Afrique du Sud comme invitée principale) et feux d'artifices.
Mais quelle est l'histoire derrière Kigali, la capitale du pays aux mille collines ?
Un des bâtiments les plus anciens de Kigali est l'ancienne résidence de l'administrateur européen, le docteur Richard Kandt et date de 1907l En 1909, une vingtaine de bâtiments commerciaux ont été construits dans les environs du marché de Nyarugenge et un camp militaire fut construit sur le site actuel de la prison centrale de Kigali, aussi appelée 1930 car construite en 1930. Au début du siècle, le petit village n'occupait qu'une partie de ce qui est aujourd'hui le Centre Hospitalier de Kigali (CHK). Kigali resta une toute petite ville coloniale avec très peu de liens sur le monde extérieur jusqu'à la fin de la première guerre mondiale. Le 16 mai 1916, les troupes belges s'emparent de Kigali au détriment des allemands. Les Belges critiquant le choix du site de Kigali décidèrent de créer un autre siège administratif pour leur colonie à Nyanza, lieu de résidence traditionnelle du Roi du Rwanda. A la fin de la guerre en 1919, le Rwanda est devenu un protectorat sous l'égide de la Ligue des Nations mais continua d'être administré par les Belges. En 1921, Kigali redevint la capitale administrative du Rwanda. La croissance de Kigali sous protectorat belge fut très lente et fut restreinte à la colline de Nyarungenge. Quand le Rwanda obtint son indépendance le 1er juillet 1962, Kigali n'était encore qu'un village avec des responsabilités administratives basiques, le centre principal régional restant Bujumbura. La population de Kigali s'élève alors à 6000 habitants et la superficie urbaine s'élève à environ 3 kilomètres carrés.
En plus d'être au cœur géographique du Rwanda et d'en être la capitale, la ville de Kigali est le centre économique le plus important du pays et la porte principale d'entrée des marchandises. C'est le noyau de l'économie nationale, desservie par un aéroport international et par un réseau très développé de routes goudronnées en bon état reliant les principales capitales voisines. Malgré quelques concessions pour le développement de la ville, l'impression du visiteur sera marqué par les nombreux espaces verts qui y persistent et par la propreté des lieux publics, ceci étant favorisé par les nombreuses collines (plus que les 7 de Rome) qui composent la ville et interdisent la construction sur certains versants trop escarpés ou des rues « quadrillage ». Le centre-ville se constitue principalement de bâtiments entre 1 et 2 étages, mais ceci est aussi en train de changer pour laisser places à des bâtiments beaucoup plus élevés qui concentrent un maximum de services en un minimum de place. Kigali a définitivement quitté sa robe de village colonial pour devenir une métropole moderne et incontournable dans le monde de la globalisation. Kigali a croché bec et ongles pour ressurgir des cendres de la guerre de 1994 et du génocide, le pays fait face à une pénurie de ciment tel le boom économique et de la construction est important. Kigali forme aujourd'hui un site stratégique unique pour ses habitants, les investisseurs et les touristes du monde entier. Aujourd'hui, la ville de Kigali (une des 5 provinces du Rwanda) est composée de 3 districts (pour rappel le Rwanda compte 3o districts au lieu de 150 avant la réforme administrative de janvier 2006) : Gasabo, Kicukiro et Nyarugenge pour une population estimée de 1 million (sur les 8 que compte le pays). Sa population est relativement jeune et féminine, la jeunesse représentant 60%, les femmes un peu plue de 50% (à ce propos le Rwanda est remarquable puisque la constitution oblige une représentation minimale de 30% de femmes dans les instances dirigeantes et le parlement élu actuel compte presque 50% de femmes, un record mondial). Cependant, quelques défis attendent encore les autorités de la ville (dont la maire est d'ailleurs une femme depuis 2006). En effet, plus de 70% de la capitale est construite sans plan d'aménagement ni de vision à long terme. Par endroits, les rues sont donc étroites, il faut développer les feux de signalisation aux croisements principaux pour résorber les nombreux bouchons routiers. Le chômage est également un autre point crucial, surtout parmi les jeunes venus des villages pensant trouver l'Eldorado. Source : The New Times (www.newtimes.co.rw)
Bon Anniversaire KigaliMais la ville de Kigali ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Les autorités veulent aller encore plus loin, et construire une nouvelle ville, plus moderne, plus propre, plus organisée, même si cela suscite de nombreuses réactions et contestations (mais pas aussi visible que les manifestations et grèves en France). Pour les courageux, je vous laisse découvrir l'article suivant, publié voilà presque 2 ans, mais qui reste d'actualité, les expropriations ayant trouvé leur rythme de croisière et les constructions de nouveaux bâtiments ne s'arrêtant pas. Enfin, le bâtiment à 4 étages avec parking souterrain cité dans l'article ci-dessous a été inauguré, dont voici les photos. Le projet d'urbanisation de Kigali
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Pour continuer la visite, j'ai trouvé un autre article très intéressant. C'est un burkinabé qui parle de Kigali, en le comparant à sa capitale, Ougadougou. Pour avoir vécu plusieurs mois dans les deux villes, j'ai trouvé la comparaison très intéressante et si réaliste. Alors je vous laisse apprécier avec quelques photos de Kigali.
(Iwacu1.com 18/01/2006)
18 janvier 2006 - Publié sur le web Iwacu1.com
Kigali, Ouagadougou. Deux villes, deux histoires, un même objectif: être la vitrine d'une Afrique moderne. Et pourtant, tout oppose ces deux cités. Si Ouagadougou est fière d'être la capitale de la culture en Afrique, elle pourrait s'inspirer de Kigali, notamment en matière d'hygiène et de discipline dans la circulation routière.
Kigali et Ouagadougou sont deux capitales qui n'ont de commun que le fait d'être des villes africaines. Située dans un climat soudano -sahélien chaud, Ouagadougou est une ville à relief plat alors que Kigali se trouvant dans une région volcanique, à plus de 1500 mètres d'altitude, a un relief très accidenté (même la piste de l'aéroport est légèrement bombée) et un climat doux toute l'année. Différentes sur le plan naturel, les deux capitales le sont également au niveau humain et comportemental.
Kigali est une cité en reconstruction. La ville et l'ensemble du Rwanda ont connu l'une des
plus grandes atrocités de l'humanité: le génocide de 1994 qui a fait entre 800 000 et 1 000 000 de morts en quelques semaines. Au niveau politique, le pays est redevenu une
république en 2003 à la suite d'une transition d'une dizaine d'années qui s'est achevée par l'adoption d'une constitution plutôt libérale et la mise sur pied d'institutions républicaines.
La stabilité revenue, Kigali s'organise comme elle peut pour offrir un cadre de vie agréable à sa population.
Ouagadougou a toujours été une cité d'hospitalité et de rencontres, qui a réussi à s'inscrire aux fonts baptismaux de la culture avec le Salon international de l'artisanat de Ouagadougou (SIAO), le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO), le Festival de théâtre et de marionnettes de Ouagadougou (FITMO), les Récréatrales, le Festival international de théâtre pour le développement (FITD), les multiples autres festivals de musique (reggae, hip hop...).
Sur le plan culturel et du divertissement, nul doute que Ouagadougou est une des villes africaines où il fait bon vivre.
Avec son ambiance toujours à gogo, on n'a pas le temps de déprimer.
A l'opposé, l'offre culturelle est quasi nulle à Kigali. Pas de salles de ciné dignes de ce nom (une salle avec vidéo projecteur grand écran et le centre d'échanges culturels franco-rwandais et sa salle de spectacle). Le nombre de spectacles de théâtre dans l'année peut se compter du bout des doigts. Il en est de même pour les concerts de musique de bonne qualité.
Les soirées sont constituées de sorties dans les night-clubs, les restaurants et les bars où la bière, la "mutzig" et la "primus", coulent à flot sur des chèvres grillées qui font si bien plaisir au palais que le client ne se fera pas prier pour y revenir. Hormis sa gastronomie, Kigali est loin d'être une ville culturelle. Habitué à l'ambiance de Ouaga, le visiteur trouvera la capitale rwandaise ennuyeuse. Heureusement que le pays regorge de sites touristiques très attrayants dans les autres provinces (que je vous encourage à venir visiter).
Et pourtant cette situation n'enlève pas à la ville son charme.
Kigali se distingue de Ouaga sur deux points au moins: l'hygiène et le civisme. La propreté de la ville est depuis quelque temps, le cheval de bataille des autorités. Interdiction est faite aux boutiques et autres supermarchés de servir les clients dans des sachets en plastique (il a fallu moins d'une semaine après la décision pour que tous les sachets plastiques disparaissent et soient remplacés par ces sacs en papiers, que l'on paie si on en veut). Conséquence, pas de sachets plastiques qui traînent dans les rues et polluent l'environnement. On ne verra nulle part les habitants se servir de la devanture de leur concession comme dépotoir ou y verser l'eau usée. (Le ramassage des ordures fonctionne plus ou moins bien et il faut dire que les fortes pluies sur les pentes aident à tout faire descendre vers les rivières, malheureusement les cailloux par érosion aussi)
Le gouvernement a institué "l'umuganda" qui se tient le dernier samedi de chaque mois. Tout le monde y participe, y compris les plus hautes autorités de l'Etat. Les habitants s'organisent pour nettoyer chez eux et leurs quartiers, de 7 heures du matin à midi. Personne ne badine avec cette activité d'intérêt général et nul ne doit sortir de son quartier avant midi, à moins d'être muni d'une autorisation délivrée par les autorités. La police y veille (c'est donc très pratique pour aller faire les achats le samedi matin dans les rares magasins ouverts, car pas d'embouteillages ni de file d'attente aux caisses des magasins comme on les connaît en Europe).
Ouaga, une poubelle géante
Certains diront que nous avons connu cela nous aussi sous la révolution et que cette manière de faire viole les libertés individuelles. Mais si le but d'un tel travail d'intérêt général est bien expliqué, il peut être accepté par les citoyens. Qui n'est pas fier que sa ville soit propre? Quelles que soient les critiques que l'on peut formuler contre les autorités rwandaises, tous les visiteurs sont unanimes pour dire que Kigali est l'une des villes les plus propres de l'Afrique. Avec ses rues de plus en plus arborées et ses pistes pour piéton, Kigali est une ville où il fait bon aller à pied, avec un décor qui offre une belle vue et qui procure une sensation de propreté et de bien-être. Les autorités s'inspirent, pour cela, de Singapour.
A Ouagadougou, on a l'impression que vivre à côté des immondices ne dérange personne (combien de fois j'ai dû enjamber des tas d'ordures pour continuer mon chemin sur un trottoir). Les efforts d'embellissement du maire et de son équipe pour créer des jardins et des espaces verts sont malheureusement annihilés par le manque d'hygiène de certains de ses administrés. S'il y a quelque chose que les quartiers de notre capitale ont en commun, ce sont les sachets plastiques qui jonchent les rues et les places publiques (et bouchent aussi les évacuations d'eau et embellissent lors de leur envol les fils électriques à la manière des guirlandes sur un sapin de Noël). Cela est encore plus grave dans les quartiers populaires où les habitants ne se gênent point pour jeter les ordures et les eaux usées devant leurs propres portes.
Cette situation fait de Ouagadougou une poubelle géante qui ternit fort bien l'esthétique de la ville. Dans cette capitale, vitrine de la culture en Afrique, il y a encore aujourd'hui des gens qui construisent leurs maisons sans évacuation des eaux usées et qui n'hésitent pas à transformer les concessions inachevées de leurs voisins en W-C
En ce qui concerne la circulation routière, là aussi, Kigali offre un bel exemple de ce qui doit être. Non seulement les autorités font l'effort d'asphalter les routes mais l'adoption des pavés permet de couvrir même les rues les plus petites et à moindre coût tout en créant de l'emploi. Le service d'entretien des routes fonctionne assez bien car les marques au sol sont régulièrement entretenues, rendant ainsi la circulation plus confortable.
Mais ce qui frappe plus le visiteur qui circule dans la ville de Kigali, c'est la quasi-inexistence d'accident. La conjugaison de plusieurs éléments explique cet état de sécurité. Les voies principales sont bien asphaltées et truffées de panneaux de signalisation. Les marques au sol sont bien visibles et les feux tricolores fonctionnent bien (quand il y a de l'électricité). Certains sont même surmontés de cameras.
Comme si cela ne suffisait pas, la police routière est toujours déployée sur l'ensemble du trafic routier de la ville. Les policiers, placés à tous les carrefours, sont soutenus par la police motorisée qui sillonne les artères de la vile pour traquer les chauffards et les véhicules non conformes aux prescriptions de la visite technique. Conséquence: pas d'excès de vitesse et les véhicules sans rétroviseurs, sans phares, sans feux de signalisation sont bannis de la circulation (mais il y a toujours des exceptions). La police est si sévère qu'elle étend très souvent son contrôle à la boîte à pharmacie, à l'extincteur et au triangle de signalisation en cas de panne. Les amendes en cas d'infraction sont si élevées qu'aucun automobiliste ne souhaite se faire prendre. (Et les fourrières (surtout pour les taxis-motos) sont pleines.)
Un soir, sur la route de Ouaga 2000...
La situation à Ouagadougou est tout autre. Sur de nombreux tronçons, les marques au sol ont disparu et le service d'entretien des routes ne semble pas s'en apercevoir. Quant aux usagers de la voie publique, chacun a son propre code de la route. Nous avons été témoin de conduites d'automobilistes qui dépassent l'imagination : des automobilistes qui n'hésitent pas, en pleine heure de pointe, à s'engager sur des voies à sens interdit pour éviter le feu rouge. Certains franchissent anarchiquement les bandes blanches pour dépasser. D'autres préfèrent circuler au milieu de la chaussée. Sur les voies à plusieurs bandes, d'autres encore préfèrent utiliser les bandes de gauche réservées au dépassement pour circuler. (Et comme la ville est si plate, il y a plus de vélos et motos que de voiture. Je vous laisse donc imaginer le slalom des motos dans les files de voitures. Heureusement, il y a beaucoup de pistes cyclables séparées des voitures)
Le comportement des usagers de la route donne l'impression que tout le monde est pressé et veut dépasser tout le monde.
Alors, bonjour les dégâts. En quelques jours, nous avons vu des dizaines d'accidents dont trois mortels sur place.
Un soir, sur la rue qui mène à Ouaga 2000, un automobiliste qui se trouvait devant nous circulait sur la bande de gauche alors que nous voulions le dépasser. Dans un premier moment, nous lui avons fait un jeu de phares mais notre automobiliste l'a ignoré. Ensuite nous avons actionné les feux de signalisation qu'il a également ignorés. Pour le faire quitter cette bande pour celle de la droite, il a fallu klaxonner à plusieurs reprises.
Lorsque cet automobiliste nous a vus plus tard, il nous a accusés de le stresser dans la circulation. Mais avec patience et calme, nous lui avons rappelé quelques règles du code de la route. Le lendemain, sur la même voie, un autre automobiliste avait tout simplement stationné sa voiture sur la bande de gauche pour aller faire du shopping dans les boutiques qui longent la route.
Circuler à Ouagadougou provoque un sentiment d'insécurité et on se demande parfois si tous ces automobilistes qui envahissent les rues de la capitale sont passés par une auto-école. Durant notre séjour, nous avons été contrôlé trois fois par la police. Mais en aucun moment elle n'a demandé notre permis de conduire, s'intéressant seulement aux documents de la voiture. Cela prouve peut -être pourquoi il y a tant de chauffards sur nos routes. On peut circuler à Ouagadougou sans permis. La police, malgré le travail considérable déjà fait, doit redoubler encore d'effort. Elle doit être plus mobile pour traquer les chauffards partout et ne pas se concentrer seulement aux carrefours et aux feux tricolores.
La circulation routière à Ouaga nous fait penser à notre moniteur d'auto-école qui nous disait un jour : "Quand vous aurez votre permis de conduire, oubliez ce que vous avez appris ici pour vous adapter à la réalité de la circulation à Ouagadougou." Il y a plus de dix ans qu'ils nous a dit cela. On voit bien aujourd'hui qu'il savait de quoi il parlait. C'est dommage !
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