Le génocide de 1994

Je vais commencer par cette brève introduction :

Akazu par FRANÇOIS SOUDAN

Le bâtiment principal du mémorial inauguré en 2004 S'il est un mot qui, au Rwanda, est synonyme de cauchemar, c'est sans doute celui -ci : akazu - « petite maison » en kinyarwanda. Sous ce label paisible se regroupèrent dès 1991, trois ans avant le déclenchement du génocide, les forces du mal qui conçurent et planifièrent l'extermination des Tutsis comme solution définitive au maintien éternel du « Hutu Power ». Société secrète composée de dirigeants civils et militaires issus pour la plupart de la « maisonnée » présidentielle, premier cercle du pouvoir, l'akazu remit à l'honneur le langage bestial des années 1950 quand l'adversaire n'était qu'un ramassis d'inyenzi (« cafards ») et créa pour les besoins de la cause ces médias de la haine que furent la Radiotélévision des Mille Collines et son équivalent écrit, Kangura. En avril 1994, lorsque commença à travers tout le pays une infernale saison de machettes qui fut tout sauf une explosion de colère spontanée, l'État rwandais, hyper-centralisé, suivit comme un seul homme. Partout, les autorités locales, les bourgmestres, les directeurs d'école, les religieux, les juges, les médecins, les gendarmes et tous les détenteurs d'une parcelle de pouvoir se mirent au travail, relayant les consignes martelées d'en haut et encadrant ces dizaines de milliers de « petites mains » du génocide qui furent autant de robots tueurs décervelés. Sans cette soumission verticale et aveugle aux ordres d'un État fascisant dont le moindre rouage fonctionna alors avec une effrayante efficacité, le génocide rwandais n'aurait pas atteint une telle ampleur.

Treize ans plus tard, alors que les réfugiés hutus par centaines de milliers ont regagné leurs collines, récupéré leurs terres et que la page des tribunaux gacaca est en voie d'être tournée, l'heure est venue de casser cette logique. Le vaste chantier de réforme administrative et de décentralisation mené aujourd'hui au Rwanda a pour objectif principal de donner aux citoyens une marge de manœuvre et d'autonomie qu'ils n'ont jamais eue. En renforçant les pouvoirs locaux, en redécoupant les provinces suivant une logique purement géographique et en refondant l'État, le président Paul Kagamé offre certes à ses compatriotes un substitut de démocratie formelle dans un pays où les libertés sont encore sous contrôle. Mais il leur donne aussi - et surtout - les moyens techniques, pratiques et administratifs de s'opposer aux décisions d'un État devenu fou. Répéter « plus jamais ça » est une chose. Avoir la possibilité de faire en sorte que « ça » n'arrive plus jamais en est une autre. Il fallait brûler une fois pour toutes l'akazu, ses miasmes, son idéologie et ses fondations. C'est désormais en voie d'être fait.

Malheureusement, ici au Rwanda, il n'y aura pas de grandes réjouissances, car le samedi saint 7 avril 2007 marquera le 13e anniversaire de l'attentat contre l'avion du président rwandais et de son homologue burundais ainsi que du début du génocide rwandais qui a fait environ 800'000 morts en seulement 100 jours.

Le samedi sera donc journée officielle de commémoration du génocide et s'en suivra une semaine de deuil national, où toutes formes de réjouissances et manifestations sont interdites (pas de discos, pas de musique, reportages sur le génocide…). Pâques tombant durant cette période cette année, pas de dérogation à la règle, donc baptêmes interdits.

Le moto au Rwanda, comme vous l'avez compris est « Plus jamais ça ». Afin d'en garder le souvenir, plusieurs mémoriaux ont été construits à travers le pays. Certains pour âmes sensibles, d'autres plus macabres, comme Gikongoro, Ntarama ou Nyamata où rien ne fut touché depuis 1994.

Les crânes de Ntarama  Les restes de cadavres à Ntarama

 

La flamme du souvenir

Le mémorial de Gisozi

 

 

 

Le mémorial le plus connu est le mémorial de Gisozi, situé en ville de Kigali. C'est un musée qui fut construit plusieurs années après le génocide par des fonds étrangers sous la supervision du gouvernement rwandais actuel.  Il fut inauguré le 7 avril 2004, lors des cérémonies du 10e anniversaire. Ce site fut choisi pour accueillir les 250'000 cadavres des personnes tuées en ville de Kigali et qui sont exhumés des fosses communes au fil des années, au fur et à mesure des témoignages qui sortent lors des Gacaca.

 

A l'entrée du mémorial se trouve une flamme qui reste allumée chaque année durant les 100 jours qu'a duré le génocide.

 

C'est dans ce centre que se rendent la plupart des touristes et les visiteurs officiels du gouvernement. Il comprend 3 expositions permanente : la première offre une documentation sur le génocide rwandais, la deuxième est un mémorial pour les enfants et la dernière parle de l'histoire génocidaire dans le monde.

 

Le musée du Génocide

C'est l'aspect principal du mémorial. Il offre une documentation sur les causes (l'ex gouvernement hutu) et les conséquences de l'idéologie génocidaire, l'impact de la propagande et les alertes auxquelles personne (communauté internationale comprise) n'a réagit. Le musée raconte l'histoire troublante et terrible des nombreux meurtres, des familles déchirées, des femmes et enfants brutalisées par des voisins ou membres de famille devenus tueurs. Le dernier volet représente la longue voie de la reconstruction et de la réconciliation.

Certificat d'aptitude  Panneaux explicatifs

On peut y voir quelques photos des massacres, tout comme les cartes d'identité de l'époque, avec l'inscription Mututsi, Muhutu ou Mutwa en haut à gauche.

On peut également y découvrir les 10 commandements du gouvernement de l'époque :

Les 10 commandements du Hutu  Les 10 commandements du Hutu Les 10 commandements du Hutu

Le mémorial des enfants

Destins d'enfants...

 

Cette salle est dédiée en mémoire de milliers d'enfants dont les vies ont été écourtées cruellement et avec intention. Chacune des 14 vitrines décrit la vie et la mort d'un enfant avec sur chaque panneau :

  • Le nom, l'âge et une photo
  • Son sport préféré
  • Son plat préféré
  • Sa boisson préférée
  • Son meilleur ami
  • Comportement
  • Rêve
  • Sa dernière parole
  • La cause de sa mort

Sinigize impfubyi : Je n'ai pas choisi d'être orphelin

           Sinigize impfubyi

Une salle est réservée à tous ceux qui ont perdu des enfants pour venir y accrocher une photo de leur cher disparu. Au moment de notre visite, alors que nous étions dans ce sanctuaire, une coupure d'électricité est intervenue et a plongé la pièce dans le noir el plus total. Imaginez vous dans le noir, avec ces centaines de yeux vous fixant dans l'obscurité…

Galerie photo du souvenir  Galerie photo du souvenir

Les Vies perdues

Durant le 20e siècle, la violence du génocide a éclaté à plusieurs reprises dans le monde. Venez découvrir à travers cette 3e exposition permanente les atrocités commises en Namibie, en Arménie, en Allemagne sous les Nazis, au Cambodge et des les pays des Balkans.

Les Jardins du mémorial

Dans les jardins du site, 8 fosses communes furent creusées pour recueillir les ossements qui seront découverts dans plusieurs centaines de fosses communes peu profondes en ville de Kigali. Les cercueils contiennent rarement des restes d'une seule victime, et peuvent contenir jusqu'à des restes de 50 victimes, vu l'impossibilité dans plusieurs cas de garantir que les restes des individus soient gardés intacts. Plutôt, les cercueils sont symboles de la dignité que Kigali souhaite présenter à ses morts.

Une sépulture pleine de dignitié  Une sépulture pleine de dignitié

Centre national de documentation

Dans cette idée de « Plus jamais ça » et afin de ne pas oublier, le mémorial contient également un centre de documentation avec une bibliothèque, des archives de films et reportages, des témoignages audio-visuels. Cela parle du génocide, mais aussi des droits de l'homme en général. De même, une équipe de spécialistes s'occupe d'établir des programmes de formation et d'éducation pour les générations futures. La plupart du temps, les guides du centres sont des rescapés des masacres.

Actuellement, et en vue de la fermeture fin 2008 du tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR)à Arusha, le Rwanda veut demander que toutes les archives du tribunal soient transférées à Kigali.

 Il existe d'autre lieux de commémoration au Rwanda, dont le mémorial de Murambi dans le Sud.

Articles de Presse 2006

Le Rwanda a célébré du 7 au 14 avril 2006 une semaine de deuil national en commémoration du génocide survenu voilà 12 ans. Environ 800'000 morts en 100 jours, ce qui fait 8000 tués par jours. Aucun massacre n'a été aussi rapide. Pour le deuil, pas de disco, pas de réjouissances ni musique, drapeaux en berne (une sacrée manière de faire le Carême si je peux oser le rapprochement). La télé passe toute la journée des chants liés au « Génocide plus jamais » ou des reportages des diverses TV sur les événements de 94. Bref, pour les nouveaux qui viennent d'arriver au Rwanda, c'est un peu le choc d'être plongé dans tout ça. Mais il faut dire que depuis que je suis arrivé, pas une semaine ne se passe sans qu'il y ai quelque chose en rapport avec le génocide. C'est parfois très pesant. Pour les derniers films sur le Rwanda et le génocide, je vous propose de regarder « Sometimes in April », « Hôtel Rwanda », « Tuons les Chiens » et « Cent Jours ».

Mais après tant d'années, où en est-on de la justice. Je vous avait déjà présenté brièvement les juridictions semi-traditionnelles Gacaca. J'y reviendrais plus longuement dans un prochain article, vu l'intérêt suscité par certains. Intéressons-nous aujourd'hui à la justice internationale Vous connaissez sûrement la cour pénale internationale de La Haye, avec notamment ses tribunaux spéciaux pour l'Ex-Yougoslavie et le Rwanda. L'année passée, je vous avais aussi parlé d'un dérivé de cette cour lors de la présentation de la Cour Spéciale pour la Sierra-Léone (SCSL). Cette justice internationale a d'ailleurs marqué un grand coup ces derniers jours avec la mise en détention de Charles Taylor en Sierre Léone et la première arrestation africaine d'un rebelle congolais remis récemment à la Cour pénale Internationale.

Mais tout n'est pas aussi blanc qu'on veut nous le faire croire. Voici un peu de lecture, qui montre la face cachée de l'iceberg, par un point de vue critique de la cour, et de ce que ressentent les gens ici au Rwanda et qui rend compte un peu aussi des prisons au Rwanda.

 

Dans les prisons des bourreaux du Rwanda

Samedi 19 Novembre 2006 - Le Monde  -  par Maupas Stéphanie

Escorté d'une escouade de policiers tanzaniens, le colonel Théoneste Bagosora parcourt les sous-sols du tribunal international d'un pas mécanique. Il est 18 heures. Comme chaque soir après son procès, l'officier s'engouffre dans le bus des Nations unies en direction de Magereza Makuu, la prison centrale d'Arusha, en Tanzanie. Il y passera sa 3 202e nuit en prison.

Derrière les quatre murs de béton, surmontés de barbelés et encadrés de miradors, 59 responsables du génocide rwandais sont incarcérés. Certains, au Rwanda, prétendent qu'ils y sont comme des coqs en pâte. Saïdou Guindo, le commandant de la prison, ne confirme pas cela mais reconnaît en souriant : "Je pourrais leur donner les clés, je pourrais laisser la porte ouverte, ils ne partiraient pas."

Traqués pendant dix ans, appréhendés un à un dans leur asile d'Afrique ou d'Europe puis déférés devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha, ces notables, "habitués au luxe du pouvoir", répondent de génocide et crimes contre l'humanité. Ils sont ministres, officiers supérieurs, chefs de parti, hommes d'affaires, miliciens, prêtres ou journalistes. "Après s'être cachés pendant des années, ils prennent goût à leur détention", affirme le commandant Guindo. Au printemps 1994, c'est leur politique qui avait pavé le pays des Mille Collines de 800 000 cadavres.

TPIR 003Depuis la création du tribunal par le Conseil de sécurité des Nations unies en novembre 1994 , les juges du TPIR ont condamné 22 accusés et acquitté trois hommes. Quatorze sont toujours en fuite, mais 41 attendent la fin de leurs procès — parfois depuis plusieurs années — dans leurs cellules d'Arusha. Conçue et gérée par les Nations unies, la prison est évidemment tenue d'appliquer les normes les plus élevées. Sur l'écran de contrôle posté derrière son bureau, le commandant — un Malien — surveille d'un oeil distrait l'activité de ses pensionnaires. Les coursives, fraîchement repeintes, n'indiquent rien d'anormal. "Ces intellectuels n'habitent pas une prison trois étoiles", insiste le commandant. N'empêche.

Les "intellectuels" du génocide sont au frais à Arusha, les exécutants, eux, sont embastillés au Rwanda proprement dit, dans la prison centrale de Kigali connue sous le nom de "1930". Ici, à 800 km à l'ouest d'Arusha, ils sont des dizaines de milliers, entassés dans leur pyjama rose entre quatre murs de briques rouges. Pour l'essentiel, ce sont eux qui ont massacré leurs voisins tutsis. 800 000 en cent jours, d'avril à juillet 1994. A coups de gourdin, de machette ou de grenades. Les "petites mains" du génocide n'ont pas chômé.

Dans la cour sans gardien de "1930", les prisonniers ne s'assoient qu'à tour de rôle. Les plus vulnérables — ou les plus malins —, savent qu'il faut éviter de traîner au "Texas", le quartier le plus dangereux de l'établissement. Ici, la moindre épidémie signifie la mort.

A Arusha, en revanche, les grands chefs sont suivis au quotidien par des médecins très soucieux de leur bien-être. L'ex-ministre du commerce, Justin Mugenzi, a obtenu un panier de basket pour se maintenir en forme. Le journaliste Hassan Ngeze, condamné à la perpétuité pour incitation au génocide, pratique la musculation. Malades du sida, certains bénéficient de la trithérapie. Ce qui suscite la colère des associations de Rwandaises rescapées, qui ont été victimes de viol et qui, contaminées par le sida, sont totalement dépourvues de moyens. Donc de soins. A Arusha, Pauline Nyiramasuhuko, ancienne ministre de la famille et de la condition féminine, est inculpée pour avoir incité les miliciens au viol, y compris son propre fils, Arsène Shalom Ntahobali.

Emprisonné lui aussi, l'intéressé est autorisé à visiter sa mère au "quartier des femmes" dont l'unique pensionnaire est d'ailleurs l'ex-ministre. Lors de ses déplacements dans les espaces communs de la prison, Pauline est escortée par deux gardiennes. "Il faut comprendre, dit l'une, certains des accusés sont ici depuis presque dix ans."

Les détenus, qui savent que leurs homologues yougoslaves jugés par le Tribunal international de La Haye bénéficient de ce privilège, réclament des "chambres conjugales" pour recevoir leurs femmes. L'administration onusienne, qui n'obtempère pas, est accusée de "discrimination raciale."

A Kigali, les petits soldats du génocide connaissent d'autres formes de discrimination. Les femmes détenues s'entassent dans des couloirs étroits sur des nattes posées à même le sol, entre deux hauts murs qui ne laissent guère passer la lumière du jour. Les hommes, eux, doivent s'étendre à tour de rôle dans des cellules exiguës, sur des sommiers de fer fixés aux murs qui occupent tout l'espace. Leurs chefs présumés, à Arusha, occupent des cellules individuelles de 8 m2 surplombées d'une petite lucarne grillagée. Ils disposent d'un lavabo, d'étagères, d'un classique lit de fer et d'un matelas en mousse. "Ceux qui ont des problèmes de santé peuvent demander un autre matelas", nous explique le commandant Guindo. Les accusés passent souvent commande.

Depuis une inspection des services de contrôle interne de l'ONU en 2002, les avocats ne peuvent plus offrir de "petits cadeaux" à leurs clients. Dans un rapport concis, les inspecteurs s'étonnaient de l'incroyable inventaire découvert. Les détenus disposaient "de toute une collection d'ordinateurs et de matériel audio et vidéo coûteux et perfectionné". L'un des pensionnaires avait reçu "une montre en or". Un autre, vêtu comme un milord "d'un coûteux costume de marque réputée", avait accueilli les enquêteurs en leur souhaitant poliment la "bienvenue dans (sa) résidence !" Les avocats prétendaient que ces cadeaux servaient à "soutenir le moral" de clients parfois dépressifs. Pour l'essentiel, c'est terminé.

Jean-Bosco Barayagwiza, l'ancien patron de la Coalition pour la défense de la république, une formation extrémiste hutue, prépare son procès en appel. Condamné à 35 ans de prison, il épluche minutieusement chaque dossier, "tapote sur son ordinateur de façon compulsive. En fait, il décroche", s'inquiète un garde. "Ces temps-ci, la seule distraction des accusés est de regarder Le Parrain en DVD", confie une juriste. La plupart des détenus sont éloignés de leurs familles, exilées en Europe ou ailleurs. Ils communiquent avec elles par téléphone.

Les cabines sont disposées le long d'une allée de gravillons, juste après le parloir, une suite de petits boxes où les accusés reçoivent leurs avocats. Les communications téléphoniques, en partie facturées, sont automatiquement placées sur écoute. "Ceux qui sont en charge reconnaissent les voix, ils parlent kinyarwanda, swahili, anglais, français, et les conversations sont interrompues dès qu'elles présentent un danger pour la sécurité", affirme un membre du greffe.

A la "1930" de Kigali, les visites hebdomadaires obéissent à un cérémonial précis. Devant la prison, les détenus s'alignent face à leur proches, à une dizaine de mètres de distance. Les échanges sont brefs et le brouhaha effroyable. Patates douces et tomates débordent des paniers d'osier dont les hommes en pyjama rose s'emparent au signal des gardiens. Bien sûr, l'établissement n'assure ni la blanchisserie ni la nourriture.

Pour les "grands chefs" à Arusha, les menus sont préparés par une diététicienne. Pour raisons médicales ou par conviction religieuse, les détenus peuvent demander un menu adapté. Un repas revient à 6 dollars par jour, une journée en prison à 120 dollars par détenu. Dans un courrier adressé à Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, le journaliste Hassan Ngeze s'était plaint, avec quelque ironie, des risques d'obésité qu'il courait...

Bien entendu, les lettres de protestation écrites par ces "intellectuels" sont solidement étayées de termes juridiques. "La prison est un vrai campus universitaire", commente Me Hamuli Rety, un avocat. Droit de la guerre et des conflits armés, Petit manuel pour maîtriser Word en dix leçons, Epuration ethnique en ex-Yougoslavie, Génocide des kurdes en Irak, etc., la bibliothèque de l'établissement est fournie.

"Les détenus suivent chacun des procès à la lettre, analysent la moindre décision des juges et passent des journées entières à préparer leur défense", dit l'avocat. Le réfectoire, la salle de gymnastique, la cour, la prière sont l'occasion de débats collectifs, parfois houleux. "Ils n'en viennent jamais aux mains, mais les débats peuvent être très rudes", explique le commandant adjoint de la prison, Claude Bouchard.

Divisée en cinq baraquements, la prison d'Arusha possède sa propre hiérarchie et ses règles non écrites. Depuis le début des procès dits "des militaires" et "du gouvernement", deux camps s'affrontent. Celui des "politiques", anciens ministres et chefs de parti. Celui des "officiers", régi par les règles du rang. A leur tête, deux hommes se distinguent. Le "patron", Joseph Nzirorera, ancien chef du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND), un dur. Et Théoneste Bagosora, dit "le Cerveau", un brutal.

Aujourd'hui, "les politiques méprisent le colonel Bagosora", glisse un avocat. De fait, au fil des audiences, l'officier ne cesse d'accuser l'ancien gouvernement — dont une majorité de ministres est dans la prison — d'avoir lâché la capitale dès le début des massacres, en avril 1994. Dans les couloirs, le terme d'"Inyenzi" (cafard), naguère réservé aux "Tutsis à exterminer", trouve un nouvel écho.

Face au procureur, chacun des accusés tente d'amoindrir sa propre responsabilité pour rejeter la planification du crime sur son voisin de cellule. Phénomène qui rappelle l'atmosphère qui sévissait il y a soixante ans à Nuremberg. De fait, les dossiers sont liés. Les déclarations d'un accusé peuvent se répercuter négativement sur le procès de l'autre.

Pratiquement assurés d'être condamnés à perpétuité, les plus "durs" s'enferrent dans des stratégies de reconquête du pouvoir et adoptent devant la Cour des approches très "politiques". Les "petits poissons" tentent plutôt de tirer leur épingle du jeu.

Quand ils coopèrent, les "repentis" bénéficient d'une peine plus légère et leurs témoignages vont alourdir les dossiers des autres. Les "balances" sont évidemment pistées en prison. En 2001, Omar Serushago, un chef de milice qui s'apprêtait à passer aux aveux, avait reçu, via l'imam de l'établissement, une lettre de menaces signée Hassan Ngeze.

En août 2005, Michel Bagaragaza, un homme d'affaires accusé d'avoir financé les milices, était transféré "pour raisons de sécurité" aux Pays-Bas. Ses déclarations écrites avaient "cassé le moral des autres détenus", assure un gardien.

« Pour recevoir tous les détails sur l'évolution des procès, visitez le site de l'organisation hirondelle, basée à Lausanne (www.hirondelle.org) »

Le procès du génocide en chiffres

Population : 8 000 000 d'habitants.

Morts estimés durant le génocide de 1994 : 800 000.

Prisonniers suspectés de participation au génocide : 120 000 (en 2001).

Nombre total de personnes pouvant être suspectées d'avoir participé au génocide : 761 448, selon les autorités.

Nombre de suspects jugés par la justice classique depuis 1996 : 8 000.

Temps nécessaire pour juger l'ensemble des suspects : cent ans en appliquant la justice classique, affirment les experts.

Temps estimé pour juger les suspects avec la justice locale et traditionnelle (Gacaca) : 8 ans.

© Copyright Le Figaro

 

Les révélations de la congressiste américaine Cynthia McKinney

16 Janvier 2006 - Washington Magazine Afrique

La Congressiste américaine Cynthia McKinney, l'envoyée spéciale de Bill Clinton en Afrique révèle que l'attentat du 6 avril 1994 contre le président rwandais est un coup d'Etat. Elle affirme que le gouvernement Clinton avait décidé de changer de régime au Rwanda. C'est pour cela que Paul Kagame est arrivé au pouvoir par la violence et la guerre. Selon elle, le Tribunal Pénal International qui prétend juger les Hutu est un cirque judiciaire lamentable. Elle est la seule élue à avoir organisé une table ronde au Congrès américain sur l'attentat du 6 avril 1994 avec des agents du FBI, des éléments de la CIA, des enquêteurs du Tribunal Pénal International et des témoins de l'attentat. Elle a remis des preuves au juge Bruguière et est un témoin important, avec le prix Nobel de la paix argentin Adolpho Pérez Esquivel, dans l'enquête que mène la justice espagnole sur le pillage de la RDC et les crimes commis par Kagame au Rwanda et en RDC contre les prêtres espagnols, les Rwandais et les Congolais. Connue aux Etats-Unis pour ses prises de position courageuses contre la guerre en Irak et le pillage de l'Afrique par les pays occidentaux, Cynthia McKinney qui est la première élue noire américaine du Congrès à avoir demandé une commission d'enquête sur les événements sur le 11 septembre à New York, a longuement enquêté sur la tragédie des Grands Lacs. Elle dénonce une politique étrangère américaine brutale et irresponsable en Afrique noire.

Pourquoi avez-vous organisé en 2001 une table ronde sur l'attentat du 6 avril 1994 ?

Ce qui s'est passé au Rwanda n'est pas un génocide planifié par les Hutu. C'est un changement de régime. Un coup d'Etat terroriste perpétré par Kagame avec l'aide de forces étrangères. J'ai suivi de près la tragédie des Grands Lacs et je pense qu'il fallait faire éclater la vérité aux Etats-Unis. C'est pour cela que j'ai décidé à l'époque de réunir des fonctionnaires de l'ONU, des enquêteurs américains, experts de la CIA, des témoins rwandais et des élus américains préoccupés par cette souffrance et cette violence infligées à l'Afrique et aux Africains. J'avais personnellement écrit à Bill Clinton pour lui dire que sa politique était un échec en Afrique. Je continue de ne pas comprendre pourquoi le peuple rwandais a été traité de cette façon alors que le pays était relativement stable. Je ne comprends pas pourquoi le Tribunal Pénal International refuse d'enquêter sur l'attentat alors qu'il est reconnu par l'ONU comme l'événement déclencheur des massacres. Je ne comprends pas pourquoi les pays occidentaux et les Etats -Unis en particulier laisse faire Kagame en RDC. Je comprends pas pourquoi l'Armée Patriotique Rwandaise massacre, pille et viole les femmes en RDC sans que le monde entier sans émeuve. Je ne comprends pas ce silence en forme d'encouragement de la communauté internationale à l'égard de crimes abominables perpétrés par Kagame et ses hommes.

Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda poursuit aujourd'hui les Hutu croyez-vous qu'il fait du bon travail ?

Ce tribunal est une honte internationale. C'est une véritable escroquerie comme le montre l'excellente enquête du journaliste Charles ONANA. Ce livre que j'ai reçu et qui est fortement documenté met à nu les pratiques douteuses du Tribunal d'Arhusha. Comment peut-on prétendre juger des criminels hutu alors que Paul Kagame et les éléments de l'APR qui ont abattu l'avion et assassinés des milliers de hutu ainsi que des Tutsi, des Espagnols et des Congolais sont libres ? Je ne peux pas concevoir que ces gens qui ont bénéficié d'une formation militaire aux Etats-Unis depuis 1990 utilisent ces compétences à des fins criminelles. C'est pour cette raison que nous avons déposé une plainte avec constitution de partie civile en Espagne avec le prix Nobel de la paix argentin Adolfo Pérez Esquivel, Juan Carréro, candidat espagnol au prix Nobel de la paix et trois municipalité espagnoles pour élucider les crimes commis en RDC et au Rwanda de 1990 à 2002. Ayant personnellement suivi le dossier des grands Lacs au sein du parti démocrate et au Congrès, je pense que le travail que font les magistrats espagnols sera utile à la vérité.

Pourquoi Carla Del Ponte a été jetée du TPIR par l'ONU?

16 Janvier 2006 - Washington Magazine Afrique

Les confidences de Carla del Ponte à Charles Onana expliquent pourquoi l'ex-procureure du TPIR, Carla Del Ponte, a été renvoyée d'Arusha et pourquoi l'ONU pour la remplacer a préféré jeter son dévolu sur un paisible magistrat gambien proche de la retraite. Une trouvaille du secrétaire général Kofi Annan.Interrogée par le quotidien suisse « La Liberté » sur la version de Charles Onana, Carla Del Ponte confirme les révélations du journaliste. « La procureure affirme avoir rencontré le journaliste et reconnaît lui avoir bien tenu les propos cités dans son livre » intitulé Les secrets de la justice internationale, Editions Duboiris, 480p. 20 euros. Comment Paul Kagame a saboté le travail de Carla del Ponte. Dans une interview au quotidien italien La Republica, Carla del Ponte dira avoir été menacée pour ses enquêtes au TPIR par le chef de l'Etat rwandais. Interrogée sur le malaise et la nervosité de Kagame à propos des crimes commis par l'APR, qu'il dirigeait en 1994, Carla del Ponte nous a raconté :

TPIR 001« Lorsque nous avons commencé à mener nos enquêtes sur l'APR, nous nous sommes demandé s'il était nécessaire d'informer le gouvernement du Rwanda. Après réflexion, nous avons décidé qu'il fallait non seulement avertir le gouvernement de nos investigations mais qu'il fallait surtout essayer d'obtenir sa collaboration dans ces investigations. J'ai donc décidé de rencontrer le président Kagame à ce propos. […] Je dois préciser que nous avions identifié treize sites correspondant à des lieux où des crimes avaient été commis par l'APR. Parmi ces sites, nous avons choisi de travailler sur deux sites importants où nous avions recueilli le plus d'indices concrets et d'éléments de preuve. Lors de notre première rencontre, le président Kagame m'a assurée de sa coopération en me disant qu'il demanderait à l'auditeur militaire de coopérer avec nous. A mon grand étonnement, lorsque j'ai rencontré l'auditeur militaire, il semblait me dire qu'il n'était pas sûr que le président Kagame avait vraiment accepté une quelconque coopération avec le TPIR à propos de nos enquêtes portant sur l'APR. Après plusieurs mois de silence, je suis repartie à Kigali pour rencontrer le président Kagame. Je me souviens bien qu'il avait demandé à l'auditeur militaire d'être présent à notre entretien. Le procureur rwandais M. Gahima était également venu. J'ai à nouveau fait état du manque de coopération du Rwanda par l'intermédiaire de l'auditeur militaire à nos enquêtes sur l'APR. Dans une attitude assez catégorique, le président Kagame a dit à la fois à l'auditeur militaire et au procureur Gahima de coopérer avec le TPIR. En sortant de cette rencontre, je croyais que les obstacles étaient levés. J'avais même envoyé une requête écrite à l'auditeur militaire. Malheureusement, il n'y a plus eu de suite. Nous avons naturellement continué nos enquêtes à l'étranger. J'ai recueilli des preuves suffisantes sur les crimes commis par l'APR mais j'avais aussi besoin de poursuivre mes investigations sur le territoire rwandais. J'ai donc demandé une troisième rencontre avec le président Kagame. Lors de cette nouvelle entrevue, son attitude a complètement changé. Il m'a clairement dit que ce n'était pas ma tâche de conduire les enquêtes sur l'APR.

Il a souligné que de telles enquêtes relèvent plutôt de la compétence des autorités rwandaises et pas du TPIR. Il me dira donc d'abandonner ce travail. Je lui ai néanmoins rappelé que le TPIR est indépendant et que si les enquêtes sur l'APR relevaient vraiment de la juridiction nationale rwandaise, je n'avais pas de preuve que la moindre enquête avait été menée jusque-là sur l'APR. Par conséquent, je réaffirmai mon intention de continuer à enquêter sur l'APR ». Dès cet instant, Carla del Ponte devient l'ennemie jurée du chef de l'Etat rwandais. L'entêtement du procureur à conduire un travail impartial sera perçu comme un défi, un affront insupportable à celui qui n'a jamais hésité à faire assassiner ou à emprisonner ceux qui lui tiennent tête. […] Comment les ennemis de Carla del Ponte vont-ils se manifester ? Le procureur raconte ainsi les premiers coups tordus de Kigali : « Je me souviens bien qu'on a immédiatement commencé à avoir des problèmes dans nos procès à Arusha. Nos témoins ne pouvaient plus venir du Rwanda, certaines lois ont été modifiées par le gouvernement rwandais. Les difficultés devenaient trop nombreuses. Naturellement, personne ne m'a dit que c'était à cause des enquêtes spéciales contre l'APR. J'ai quand même bien compris qu'elles jouaient évidemment un rôle non négligeable dans tout ce qui nous arrivait. Comme les ennuis s'accumulaient et que la situation ne se débloquait pas, j'ai dit à la présidente du TPIR, Mme Nevanethem Pillay qu'il devenait urgent d'aller devant le Conseil de sécurité pour expliquer la situation ».

Kofi Annan a empêché Carla del Ponte de poursuivre les criminels du FPR

La Suissesse avait mis la main sur un autre dossier gênant qui montre indiscutablement que les extrémistes tutsis de l'APR ont commis des crimes atroces au cours de l'année 1994. Ce dossier communément appelé « rapport Gersony » a été rédigé par un expert américain mandaté par l'ONU. Une fois achevé, ce rapport a été remarquablement étouffé par le gouvernement Clinton. […] Soucieux d'en savoir davantage sur le rapport Gersony et sur l'étrange comportement de l'ONU et des Etats-Unis devant les crimes contre l'humanité commis en 1994 par l'APR, nous avons demandé des détails à Mme Carla del Ponte. Son témoignage est stupéfiant : « Ce que je peux dire est que le fameux rapport Gersony est très important. Nous l'avons retrouvé et il est aujourd'hui dans les dossiers du TPIR. Il y a tout de même une lettre de quelqu'un qui nous a fait croire que ce rapport n'avait jamais existé. Nous avions surtout retrouvé M. Gersony, l'auteur dudit rapport. Il nous avait avoué que son rapport existait bel et bien. Un jour, nous avons reçu un document expurgé qu'on nous a présenté comme étant le rapport Gersony. Nous avons finalement interrogé M. Gersony. Il était prêt à répondre à nos questions, mais il lui fallait une autorisation de l'ONU. L'ONU lui a malgré tout refusé l'autorisation de nous parler. Nous avons tout fait pour obtenir le droit d'entendre M. Gersony. On nous a dit non.

J'en ai parlé personnellement au Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. Mais il n'y avait rien à faire. C'était non !

Comment comprendre que c'est l'ONU qui refuse que le TPIR recueille le témoignage d'un homme qui a enquêté sur les crimes de l'APR en 1994 ? ». En définitive, rien ne justifie l'absence de l'APR dans le box des accusés du TPIR. Accusée par Kagame de « mettre sur un même pied d'égalité les présumés génocidaires et les gens qui ont arrêté le génocide » par le ministre rwandais de la Justice, M. Jean de Dieu Mucyo, Carla del Ponte précise : « Vous savez, Kagame a aussi dit cela à maintes reprises. Il me l'a d'ailleurs répété. En réalité, je ne suis pas là pour faire une évaluation politique. Je ne mets personne sur le même niveau. Je travaille sur la responsabilité personnelle et je traduis en justice ceux contre qui j'ai des preuves. Mais, enfin, qu'est-ce que ça veut dire mettre ''sur le même pied d'égalité ?''. Je n'ai jamais compris ce que cela signifie vraiment. Car le mandat du Conseil de sécurité ne fait pas de distinction entre les criminels. Ce mandat n'a jamais dit qu'il fallait mettre en accusation seulement les Hutu pour le génocide du Rwanda. Le mandat dit clairement que chaque Rwandais coupable de crime en 1994 doit être poursuivi par la justice internationale. Les preuves que j'ai recueillies sur l'APR ont été remises à mon successeur, le nouveau procureur Hassan Bubacar Jallow. C'est à lui de continuer le travail »1. A vrai dire, le procureur gambien, Hassan Bubacar Jallow, n'a pas été nommé pour poursuivre le travail initié par Carla del Ponte, même s'il voulait donner l'impression qu'il était ouvert à tout dialogue. Le 17 janvier au cours d'un entretien à Radio France Internationale, il n'a pas hésité à dire que son mandat ne lui permettait pas d'engager des poursuites contre l'APR. Sa position est donc claire …et l'ONU laisse faire.

Le rapport de la CIA qui accuse la France dans l'attentat du 6 avril 1994

Voici comment la CIA a remis un rapport erroné à l'ancien Premier ministre Jean Kambanda pour brouiller les pistes et compromettre la France dans un attentat terroriste. C'est en novembre 1994, lorsque le gouvernement intérimaire prend le chemin de l'exil vers l'Est du Zaïre, que des agents de la CIA entrent en contact avec l'ambassadeur du Rwanda à Ottawa (Canada), le docteur Ségasayo. Ils lui demandent de servir d'intermédiaire entre eux et Jean Kambanda. Ils savent que l'ambassadeur rwandais est très proche du Premier ministre et qu'il facilitera la prise de contact. L'accès à Jean Kambanda ne se fait cependant pas sans difficulté car il se trouve dans les camps de réfugiés installés à Bukavu, dans le sud-Kivu (Est du Zaïre). Les agents de la CIA se font alors passer pour des hommes d'affaires américains qui veulent organiser un voyage avec le Premier ministre rwandais aux Etats-Unis. […] Jean Kambanda se résout à effectuer le voyage non sans se demander pourquoi tant d'attention à son égard et surtout pour son pays, que l'on vient d'abandonner à la folie génocidaire. Lorsqu'il arrive à Nairobi, les agents de la CIA lui présentent une série de documents dans lesquels on trouve un rapport intitulé : Résultats de l'enquête sur l'assassinat des présidents Cyprien Ntaryamira du Burundi et Juvénal Habyarimana du Rwanda, le 6 avril 1994. […]

Une chose est aujourd'hui sûre : ce rapport, venant d'une agence canadienne dénommée ISTO (International Strategical and Tactical Organization) et travaillant pour le compte de la CIA, est un faux. C'est un modèle du genre comme savent en fabriquer les services de renseignements de tous les pays. Quelques noms connus, un scénario invraisemblable, des événements et des dates imaginaires, mêlés à une logique apparente. Juste ce qu'il faut pour laisser croire à l'ancien Premier ministre rwandais qu'il détient un scoop. C'est ainsi que la conviction de Jean Kambanda sera faite, que les Français ont préparé l'attentat terroriste avec Kagame contre Juvénal Habyarimana. Il y a aussi, dans les valises des agents de la CIA, un dossier politique qui affirme que seuls les anciens pays colonisateurs sont responsables des conflits et de la dérive du continent africain. Le dossier souligne que les Etats-Unis, qui n'ont jamais eu de colonies sont seuls capables de sauver l'Afrique de l'abîme colonial. Il conclut que le FPR, pas très apprécié de la population hutu, n'est pas la solution ni à court, ni à moyen, et encore moins à long terme pour le Rwanda. En conséquence, les Etats-Unis, qui ont des intérêts immédiats à défendre dans la région, préfèrent nouer des liens profonds et rapides avec les Hutu, et précisément avec le gouvernement intérimaire en exil. Le discours des agents de la CIA, tissé sur mesure, est suffisamment éloquent pour persuader Jean Kambanda d'envisager un voyage aux Etats-Unis.

La bombe qui sème la panique à l'ONU et au TPIR

Selon l'enquête de Charles ONANA L'ONU n'a aucun fax du général Dallaire sur la planification du génocide L'histoire commence le 10 janvier 1994 lorsque ce fameux Jean-Pierre rencontre le colonel Luc Marchal, commandant belge du secteur Kigali, et lui raconte qu'il est membre de la sécurité présidentielle d'Habyarimana, responsable de l'entraînement des miliciens hutu et membre de l'état-major des FAR. C'est sur la base de ces affirmations qu'il aurait été pris pour un informateur crédible et digne de foi par le général Dallaire. C'est aussi après les confidences de Jean-Pierre au colonel Marchal que le général Dallaire aurait acquis la certitude que les Hutu avaient planifié depuis un moment un génocide contre les Tutsi. A l'issue de cette rencontre, le général Dallaire aurait donc pris la décision d'alerter les Nations Unies d'un plan des Hutu visant à éliminer méthodiquement tous leurs compatriotes tutsi. Ce message de Dallaire est devenu la preuve qu'évoquent tous les experts et les journalistes sur « la planification du génocide ». Que disent donc les faits ? […] En juin 2003, un avocat canadien, Me André Tremblay, commis à la défense d'un officier rwandais réputé être un des cerveaux de la « planification du génocide » dans le procès des militaires, veut retrouver l'original de ce fax. Il reçoit une réponse étonnante de l'assistant du Secrétaire général de l'ONU, Ralph Zacklin : « Nous avons mené une large recherche dans les archives de l'ONU pour retrouver à la fois l'original du document qui avait été signé par le général Dallaire et transmis de Kigali ainsi que l'original de la transmission qui avait été reçu à New York. Nous regrettons de devoir vous informer que ni l'un ni l'autre de ces documents originaux n'ont été retrouvés ». Dallaire a-t-il donc réellement envoyé un fax sur « le plan d'extermination des Tutsi » le 11 janvier 1994 à l'ONU ? […] Après le départ de Jacques-Roger Booh Booh en juin 1994, son successeur, M. Shaharyar Kahn, réagit aux vives attaques des autorités rwandaises qui accusent l'ONU de n'avoir rien fait pour empêcher le génocide alors qu'elle avait été alertée dès janvier 1994 par le fax du général Dallaire. […]. Voulant comprendre ce qui s'est réellement passé, M. Kahn diligente donc une enquête interne et demande la vérification de tous les télégrammes, fax, et autres correspondances échangés entre Kigali et New York. Il veut savoir si le prétendu fax alarmant du général Dallaire a été négligé. Il cherche surtout à savoir comment une information aussi importante qu'une « planification de génocide » a pu échapper à l'attention de tous les fonctionnaires de l'ONU. Il crée donc une commission d'enquête composée de trois officiers supérieurs. Le 9 novembre 1995, une note de l'un de ces officiers, le colonel J Fletcher, au représentant spécial du Secrétaire général, détaille tous les câbles de Dallaire à l'ONU depuis décembre 1993 […]. Le 20 novembre 1995, M. Kahn rend à son tour son rapport, non seulement sur le fax de Dallaire mais aussi sur la planification du génocide :

« Shaharyar Khan aux Nations Unies, New York

Objet : mises en gardes de la MINUAR contre le génocide

1. Durant la récente conférence sur le génocide, les officiels rwandais en arrivèrent une nouvelle fois à la conclusion que les mises en garde du FPR sur un génocide planifié de longue date par le précédent gouvernement avaient été, soit supprimées [par le représentant spécial du Secrétaire général Booh Booh] soit négligées [au siège des Nations Unies après les rapports du général Dallaire]. Les accusations sont faites contre l'ONU, la MINUAR et les principales puissances notamment la Belgique.

2. J'ai nommé un comité constitué du colonel Fletcher, de monsieur Tikoca qui était l'observateur militaire en chef et présent au Rwanda durant la période et de Isel Rivero qui s'occupait du Rwanda à partir du siège des Nations Unies à cette époque. Les conclusions de ce comité sont jointes. Elles confirment le constat selon lequel il n'y a eu aucune information ni indication d'un génocide planifié. Il y a eu, bien sûr, des mises en garde contre des affrontements armés, de la violence et des tueries pour des raisons ethniques.

3. La note jointe avec les télégrammes vous est envoyée pour des informations sur le climat politique ».

Ce document est une véritable bombe au sein même de l'ONU. Tout le monde s'est assis sur ce rapport car l'on avait déjà diffusé partout que la tragédie du Rwanda était un « génocide planifié » et qu'un tribunal international était créé à cet effet. Acculé dans la présentation de preuves sur la « planification du génocide » et sur l'authenticité de son fax, le général Dallaire peine. Le TPIR aussi. Huit jours après les conclusions de M. Kahn, le fameux fax de Dallaire est mystérieusement introduit au département des opérations de maintien de la paix alors dirigé par Kofi Annan. Il viendrait d'une obscure ONG britannique dénommée Connaughton Camberley Surrey. Cette organisation aurait envoyé ce document le 27 novembre 1995 à partir du numéro 0127625210 à 20h16. L'objectif était probablement d'insérer le pseudo fax du 11 janvier 1994 dans les archives des Nations Unies un an après les événements du Rwanda et de valider ainsi la thèse d'un « génocide planifié ». L'administration onusienne va repérer ce fax douteux. Une note d'un employé de l'ONU affirme : Ce câble n'a pas été retrouvé dans les archives du département des opérations de maintien de la paix. La présente copie a été introduite aux archives le 28 novembre 1995.

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