Guerre Mondiale 2003

Juillet-août 2003. Souvenez-vous. Qu'est ce qui faisait la une des journaux (Iraq mis à part). C'était le Libéria, avec Monrovia et Charles Taylor. Ce pays vivait un des moments les plus tragiques de son histoire, mais qui fut aussi un des précurseurs de la fin de 14 années de guerre sanglante. Voilà de quoi vous rafraîchir un peu la mémoire. Je me contenterais seulement de Monrovia, gardant le reste du pays pour une autre fois, car si je dis déjà tout maintenant, je n'aurais plus rien à dire pour le reste de l'année (car contrairement à l'Ethiopie, au premier abord le Libéria manque un peu de diversité, à part la végétation qui a repris le pouvoir partout, des ruines et des infrastructures détruites, pas grand chose). Ci-dessous, la rue principale de Bushrod Island, en mars 2003, ainsi qu'une scène de rue sur le boulevard d'accès au centre-ville.

Bushrod Island  Cabine de camion

Comment résumer ce qui s'est passé voilà une année :

Jusqu'au 4 juin 2003, Monrovia était encore épargné par les troubles, les mouvements rebelles (LURD, « Libériens Unis pour la Réconciliation et la Démocarie » au nord vers la Sierra Leone et MODEL, « MOuvement pour la Democratie au Libéria » au Sud vers la Côte-d'Ivoire) agissant principalement dans tout le reste du pays. Le 4 juin s'ouvrent les discussions de Paix au Ghana. Le même jour, la cour spéciale en Sierra Léone lance un mandat d'arrêt international contre Charles Taylor pour sa participation dans la guerre de Sierra Léone. Les Libériens comprennent que leur président a été arrêté, la ville est prise de panique. Une marée humaine de personnes déplacées des campagnes envahie la ville (les camps de réfugiés et personnes déplacées se trouvaient dans les faubourg de la ville, au-delà la rivière Po, juste en dehors de la carte de Monrovia ci-dessous). Les rebelles approchent de la ville et pillent tous les camps situés à l'entrée.

Plan de l'offensive

Vue de la ligne de front

Le 6 juin débute ce que les Libériens appellent la première guerre mondiale. Bushrod Island est le champ de bataille principal. Mamba Point restant en zone gouvernementale est envahie par une marrée humaine fuyant la région du port et des combats. Les premières évacuations d'étrangers débutent. Au fur et à mesure des jours, nos bureaux passent de no mans land en zone rebelle (LURD) et à nouveau en zone gouvernementale. Le 11 juin, le LURD se retire de Bushrod Island et retraverse la rivière PO. Fin de la première guerre mondiale.

Un panneau détruit

Le 14 juin, 3000 marines US arrivent au large des côtes libériennes. La vie reprend dans le quartier.

Le 17 juin, un cessez le feu est signé, mais aussi immédiatement violé.

Le 24 juin débute la 2e guerre mondiale. Le LURD retraverse la rivière PO et en 7h les voilà de nouveau aux portes du centre-ville de Monrovia (Bushrod Island est à nouveau aux mains du LURD, tout le monde a de nouveau évacué toute la zone du port). Les obus de mortiers fusent de toute part. Les manifestations se font plus pressantes devant l'ambassade des Etats-Unis pour demander leur intervention.

Manifestants devant l'ambassade USA       Une voiture avec éclat d'obus 

Le 27 juin se termine la 2e offensive, le LURD se retire. Après 3 jours de pillages par le LURD, maintenant Bushrod Island est laissé aux mains des pillages des forces gouvernementales. La rue principale (celle que je prends tous les jours pour me rendre au travail) est jonchée de douilles et de cadavres.

La communauté internationale entre en action, du moins sur la scène politique, en demandant à Taylor d'abandonner le pouvoir.

Un réservoir d'eau percé  La vie au milieu de ruines

17 juillet, la date limite fixée lors des accords de cessez-le-feu pour mettre en place un gouvernement intérimaire expire. Rien ne change.

18 Juillet, ironie de l'histoire, la mère de Charles Taylor décède.

19 Juillet, début de la 3e guerre mondiale. Pour la troisième fois, les rebelles envahissent Bushrod Island. Les pillages reprennent, car depuis la dernière attaque de juin, les gens avaient déjà commencé à reconstruire et aménager le quartier. La crise humanitaire se profile, l'alimentation en eau est très problématique, la ville est en état de siège, le stade (au sud-est de la ville, après l'aéroport privé de Taylor – qui sert d'ailleurs aujourd'hui d'aéroport pour le transport du personnel humanitaire) accueille plus de 30'000 personnes déplacées. L'aide internationale essaie de s'organiser dans le chaos qui règne, tout en gardant un minimum de personnel pour des questions de sécurité.

IDP  Distribution d'urgence

Antonow  IDP

Le 2 août, Taylor annonce son intention de quitter le pouvoir et de nommer un président ad interim.

Le 11 août, quelques chefs d'état se rendent à Monrovia pour l'intronisation du nouveau président. A la surprise générale, le soir alors qu'il raccompagne ses hôtes à l'aéroport, Taylor embarque dans un avion avec eux et quitte le Libéria, pour se réfugier comme tout le monde le sait au Nigéria (mais pour combien de temps encore ?).

Une force d'interposition internationale (ECOMIL) se déploie.

Char Ecomil     Soldats Ecomil

Le 12 août, l'ECOMIL quitte l'aéroport et se déploie en ville de Monrovia.

Le 14 août, les rebelles se retirent de la ville, c'est la fin de la 3e guerre mondiale.

       Coffre-fort

Le 18 août, les accords de paix entre les forces gouvernementales, les rebelles du LURD (nord du pays) et les rebelles du MODEL (Sud du pays) sont signés. C'est la fin de 14 années de guerre civile. Mais la ville est en ruines. (ci-dessous, le centre ville de Monrovia, vue depuis Providence Island (cf carte ci-dessus), depuis la meilleure zone de tir pour le LURD, avec en face, les maisons qui furent envahies de snipers progouvernementaux)

Monvoria

Petite remarque importante : Que vient faire Providence Island dans cette histoire, ci ce n'est le fait d'être au milieu de la ligne de front, une petite île, lieu de passage obligé puisque le pont qui relie les deux rives prends ces assises ici. Et bien Providence Island est très connue puisque c'est sur ce petit bout de terre qu'ont débarqué en 1822 les premiers esclaves affranchis américains, et qui vont par la suite donner naissance au Libéria. Aujourd'hui, comme le montre l'image ci -dessous, le centre culturel n'existe plus, mais en revanche n'y a-t-il pas meilleur lieu qu'une ligne de front pour demander de respecter les valeurs humaines, respecter les civils et les victimes de la guerre…

Les troubles dans le reste du pays vont durer encore quelques mois, mais petit à petit, au fur et à mesure du déploiement des casques bleus, la paix gagne l'ensemble du pays. Aujourd'hui, le processus de désarment des diverses fractions est en cours, avec déjà plusieurs dizaines de milliers de personnes démobilisées.

Voilà en quelques lignes ce que les habitants de Monrovia ont vécu voilà une année et dont aujourd'hui ils essaient de faire disparaître les traces et de panser les plaies. De nombreux immeubles ressemblent encore à celui ci-dessous, à moitié construits, stoppés à cause de la guerre. Et sur l'autre image, ce à quoi ressemblait mon bureau en juillet 2003, entre la 2e et 3e offensive (la 3e a fini de détruire ce qui pouvait encore être volé et détruit).

Un immeuble en ruine  Les bureaux détruits

Ceci ne furent que les 2 derniers mois de 14 années de troubles. Vous pourrez découvrir sur d'autres pages que les séquelles dans le reste du pays sont encore plus grandes, notamment dans le Lofa, à la frontière avec la Sierra Léone et la Guinée-Conakry. 

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