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La région du Lofa fut une des régions les plus touchée par la guerre. Se trouvant à la frontière de la Sierra Léone et de la Guinée, cette région a vu passer presque tous les
conflits des 14 années. Voinjama, la capitale de cette province fut pendant longtemps le quartier général du LURD. Au premier abord, tout peu sembler parfait : une des dernières forêts tropicales, beaucoup de
verdure, des maisons disséminées dans la campagne, un beau ciel bleu…. (malheureusement pas le bord de mer comme à Monrovia)

Mais en y regardant de plus près. l'histoire est passée par là. Et pas de la meilleure des façon. Au début 2004, on estimait que dans le Lofa sur une population de plus de
300'000 personnes avant la guerre, environ 30'000 y habitaient encore. Mais, vu la stabilisation de la situation, les gens rentrent au pays petit à petit, quittant les camps de
réfugiés de Guinée. Le chef-lieu, comptant plus de 10'000 habitants avant la guerre, ne comptait en avril dernier pas plus que 2000 âmes, dont la plupart étaient des enfants
soldats. Fin 2004, la population commence enfin à rentrer massivement dans le Lofa.

Inutile de vous dire, comme vous avez sûrement pu le lire dans les médias en juin 2004 dernier que ce conflit fut un des pires en ce qui concerne l'enrôlement d'enfants dans les
combats. Imaginez-vous un général, âgé seulement de 14 ans. Ma première visite dans cette région m'a vraiment fait un choc. A ce moment, le mot guerre prend une autre
signification. Et surtout, on sent les ravages que la guerre peut avoir. Regardez ces bâtiments, ces rues et essayez d'imaginer l'aspect qu'ils devaient avoir avant la guerre (un peu
à la manière de ces livres sur les ruines romaines qui, lorsqu'on y place la page transparente dessus, on voit l'image telle qu'à l'époque du bâtiment flambant neuf)

Pour vous donner une idée, voici ci-dessous quelques photos de Voinjama prises au printemps 2004 (sur la gauche) et les autres (sur la droite) une année plus tard, lors de ma visite en 2005.
La route entre le centre ville et nos bureaux, un peu en dehors

La même route, mais cette fois dans l'autre direction, en direction du centre ville.

Et en progressant sur cette route, on arrive dans la rue principale, avec l'école sur la gauche et l'église sur la droite.

En passant l'église, on arrive à la station essence.

Puis en continuant sur la route, on trouve la zone commerçante (du moins aujourd'hui, car ce n'était pas le cas il y a une année comme en témoignent les photos).


Tout est si détruit, que même les autorités du pays ne voulaient pas s'y établir. Les gens responsables de cette région vivaient à Monrovia et venaient de temps à autre faire une
visite pour se rendre compte de la situation. Lorsqu'en automne 2003, le CICR y a ouvert sa sous délégation, nous étions les premiers étrangers à nous installer dans cette
région. Et autant dire que les débuts ne furent pas faciles, car bien entendu, il fallait un peu faire du camping dans une ruine, le temps qu'une autre maison soit complètement
reconstruite avec un minimum de confort pour y travailler efficacement. Et tout est à commencer depuis zéro. Pas de système électrique, pas de station hydraulique, aucun
service de santé primaire, aucun moyen de communication…


Essayez de vous rendre compte, non seulement à la vue des infrastructures détruites (comme cette bibliothèque ou cette salle d'hôpital), à ce que la nature à récupéré comme
terrains autrefois cultivables, mais aussi face aux problèmes sociaux, quand on voit l'attitude des enfants vivant au milieux de ruines et qui n'ont connu que les combats et la
souffrance (je pense qu'on ne saura jamais ce qu'ils ont vus comme atrocités, envers leur famille ou les autres), quand on voit l'absence de tout moyen scolaire ou sanitaire
efficace… Voilà ce que les enfants peuvent voir et lire sur les façades des maisons.

Ou encore ce qu'ils peuvent voir le long des routes

Ici, on voit une photo prise au printemps 2004, et l'autre une année plus tard
Même les photos que vous découvrez ne pourront pas vous faire sentir cette atmosphère de désolation que fut Voinjama jusqu'à mi 2004. Mais heureusement, la vie reprend
petit à petit et comme la nouvelle se répand, de plus en plus de gens reviennent chez eux. Alors qu'il y a encore 6 mois, il fallait traverser la frontière et se rendre en Guinée
pour trouver quelques fruits et légumes frais, aujourd'hui les camions de marchandises rejoignent péniblement Voinjama avec des vivres de Guinée, de Côte d'Ivoire ou de
Monrovia. Jusqu'alors inexistantes, les bouteilles de Coca-Cola on réapparu sur le marché, ainsi que le lait en poudre Nido de Nestlé. N'est-ce pas un signe de reprise ? A
chacun d'en juger, avec à nouveau quelques photos comparatives à plus d'un an d'écart.


Les restaurants locaux ouvrent petit à petit, le boulanger de la ville fait à nouveau chauffer ses fourneaux pour nous fournir en pain frais tous les matins (et en plus il est vachement bon).

Alors quelle image faut-il donner du Libéria à ces enfants ? Qu'ont-ils déjà bien pu voir durant leur si courte vie ? Savent-ils tous où se trouvent les membres de leur famille ?
Qui parmi eux est déjà orphelin ? Qui a la chance d'avoir une maison et de manger au moins une fois par jour ? Qui est ou va être infecté par le SIDA ? Quelle est leur
espérance de vie, avec tout ce qu'ils ont déjà vécu ?

Ce sont eux les Libériens de demain ? Mais pour quel Libéria ? Pour quelle nouvelle histoire ?
En raison de l'état des routes déplorables, surtout en saison des pluies et des besoins importants pour le Lofa, un des meilleurs moyens de travailler efficacement consiste à
utiliser des moyens aériens. Mais pour cela, il faut un aéroport. Voilà donc une des premières opérations que le CICR a mené avant d'ouvrir sa sous-délégation de Voinjama,
bien avant que des ONG n'osent s'aventurer dans cette contrée hostile.

Voilà sur la droite à quoi ressemblait l'aéroport en octobre 2003, avant la réhabilitation.
Et sur la gauche, l'aéroport tel que je l'ai trouvé lors de ma première visite en Avril 2004. Et aussi tel que je l'ai trouvé lors de ma visite de novembre.

On y trouve toujours quelques vestiges d'avant la guerre, lorsque le réseau aérien était en pleine croissance

Et on y trouve dans le hall d'enregistrement toujours quelques vestiges de la guerre. Autant dire qu'il n'y a pas de tour de contrôle et que les mesures de sécurité avant
embarquement ne sont pas aussi imposantes que dans les grands aéroport européens.

Voilà sur la droite à quoi ressemblait la piste d'atterrissage en octobre 2003, avant la réhabilitation.
Et sur la gauche, la piste telle qu'elle est utilisée aujourd'hui. On voit sur la gauche de la piste, la salle d'attente, les services d'urgence, le service de contrôle de piste, les
passerelles d'embarquement, la tour de contrôle… à

Comment fait-on avec les moyens du bord pour reconstruire un aéroport. Et bien, après avoir enlevé à la main les grosses plantes végétales et aplatis les plus grosses bosses,
on utilise un rouleau compresseur maison pour les finissions.


Voilà un travail bien accompli.

Après les vestiges de la guerre, aujourd'hui on a aussi les vestiges de la réhabilitation

Mais mission accomplie, aujourd'hui Voinjama est reliée à nouveau à la capitale Monrovia par des liaisons hebdomadaires.
Et pour ceux qui ne supportent pas l'avion ou qui sont anxieux en voyant l'état de la piste, et bien vous pouvez toujours continuer à utiliser votre voiture pour rejoindre le Lofa.
Mais un petit conseil, j'espère que vous avez un 4x4 et un treuil peut s'avérer utile en cas de pluie. Juste quelques chiffres : le trajet en Avion Monrovia-Voinjama prend
environ 40 minutes. Le trajet en voiture par la route (ou plutôt piste) de l'aéroport jusqu'à Voinjama ville prend en période sèche 40 minutes également. Mais en période des
pluies et avec la dégradation de la route, cela prend facilement 3 heures (l'aller simple). Et si il vient juste de pleuvoir, alors il faut compter presque 6h pour rejoindre l'aéroport depuis le centre ville.

Bon voyage
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