Bagdad

L'hiver s'étant installé et que Noël approche, j'espère que vous avez tous passé d'excellentes vacances d'été ou d'automne et que vous êtes prêts pour le froid. Pour ma part, cet été j'ai choisi une destination peu courante. En juillet, j'ai passé une semaine de découverte dans la capitale Irakienne, Bagdad. Enfin, découverte est un bien grand mot, étant données les règles de sécurité très strictes du CICR. Un des objectifs du CICR en Irak est d'être opérationnel sur le terrain tout en réduisant le risque au minimum. Il faut donc éviter d'être au mauvais endroit au mauvais moment, donc éviter de sortir de l'enceinte de la délégation. Mais bon, ce ne fut pas déplaisant, puisque j'y suis déjà retourné quelques fois.

Red 333 au départ      

L'arrivée en Irak se fait avec notre avion CICR, le même modèle que j'utilisais déjà en Sierra Léone et au Liberia. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'aéroport est relativement moderne et fréquenté. Ensuite, pour se rendre à la délégation du CICR, on passe d'abord les points de contrôle militaires de l'aéroport, ensuite on traverse la zone verte et ses points de contrôle, pour ensuite se mélanger au trafic d'une capitale et arriver à notre bureau. Afin de ne pas être assimilé aux forces internationales et d'être perçu comme neutre et indépendant, le CICR a pris ses quartiers hors de la zone verte. Nous sommes d'ailleurs un des seuls organismes à se déplacer sans escorte armée en Irak.

J'aime l'IrakLa zone verte, c'est la zone hyper-protégée de Bagdad, dans laquelle sont regroupées la plupart des ambassades, des organisations internationales, et le gouvernement irakien. Les accès étaient surveillés par l'armée américaine, jusqu'en 2010 où l'armée irakienne est maintenant en charge. Cette zone couvre ce qui était auparavant le quartier présidentiel de Saddam Hussein. Aujourd'hui, c'est l'ambassade américaine qui occupe le palais présidentiel et c'est la plus grande ambassade au monde en superficie et regroupe environ 3000 employés.

Ce fut une traversée de ville des plus étrange qu'il m'est été donné de faire. Alors qu'à Monrovia au Libéria il y avait des points de contrôle, ces derniers étaient gardés par des casques bleus en mission de maintien de la Paix. Ici à Bagdad, on a traversé de nombreux points de contrôle, gérés par une armée irakienne armée et quotidiennement confrontée à des attaques d'insurgés. D'ailleurs, à l'approche de la zone verte, on peut voir les panneaux : « Use of Deadly force authorised » (Usage de la force pour tuer autorisé).

La route menant de l'aéroport vers le centre-ville est utilisée par de nombreux étrangers et VIP. Elle a donc été sécurisée au maximum. De chaque côté de ce boulevard à deux fois deux voies, un mur a été érigé de chaque côté, les ponts sont recouverts de grandes plaques en métal qui évitent de voir en dessous. Aux quelques 5-10 carrefours menant sur cette artère, des check-points militaires sont érigés. Enfin, après quelques kilomètres, notre voiture arrive à l'entrée de la zone verte. Pour passer le contrôle, deux issues possible : l'entrée normale ou le passage VIP. Un badge spécial de l'expatrié m'accompagnant nous permet d'utiliser la piste VIP et nous échappons ainsi à la fouille. La fouille veut dire que tout le monde sort du véhicule, le moteur est arrêté, portes, coffre et capots sont ouverts. Un chien spécialisé passe en revue la voiture et les bagages et en avançant dans le couloir, le véhicule est scanné. Les passagers sont aussi fouillés. Avec la fille d'attente, il faut alors compter pas loin d'une heure pour effectuer la procédure. Et ce que je ne vous ait pas encore précisé, c'est qu'en ce mois de juillet, le mercure oscille entre 45 et 60 degrés.

Heureusement le passage VIP est bien plus rapide. Derrière-nous au check-point arrive des membres d'une ambassade avec leur escorte. Les voitures s'arrêtent et aussitôt 4-5 hommes armés descendent de voitures et s'avancent vers des sortes de poubelles géantes remplies de sable. Ils déchargent alors leurs armes et retournent en voiture.(en effet, la zone verte est la seule zone de la ville où les armes ne sont pas chargées. C'est vous dire les milliers de personnes armes chargées que nous croisons dans le reste de la ville).

La traversée de la zone verte se passe relativement rapidement, car vu les accès restreints, il y a relativement peu de trafic. En traversant ces quartiers présidentiels, on se rend vite compte de la mégalomanie de Saddam Hussein. Les grands palais, les monuments gigantesques, l'avenue des parades, les statues se succèdent. Par endroits, je ne peux que deviner les bâtiments, car ils sont cachés par d'immenses doubles-murs en béton pour éviter toute attaque à la voiture piégée. Et à chaque carrefour, un véhicule armée de l'armée irakienne veille. Tout ce quartier n'est qu'une succession de blocs de béton armé.

A la sortie de la zone verte, je découvre enfin le vrai Bagdad : une ville fourmillante, avec ses rues encombrées de voitures au ralenti en raison des rues rétrécies par les blocs de bétons et les passages de contrôle de sécurité. Et bien entendu de nombreux convois de personnalités qui ont les moyens qui sont escortés par des gardes de sécurité armés.

Cette zone de la ville est bien surveillée, car elle se trouve près de la zone verte. Je pensait, lors ce cette première visite que dès qu'on s'éloigne de ce « centre-ville », la ville doit avoir une apparence beaucoup plus normale. Et en fait je me suis trompé. Lors de mes visites suivantes, en arrivant par route de Najaf notamment, j'ai pu me rendre compte que toute la ville, dès sa banlieue, est militarisée au maximum et les patrouilles permanentes.

Sacs de sable

L'arrivée au bureau est tout aussi surprenante, tant à la délégation principale, qu'à la sous-délégation ou aux résidences : certes les mesures sécuritaires ne sont pas celles qui entourent l'ambassade des Etats-Unis, mais néanmoins pour réduire les risques au minimum, de nombreux murs de sacs de sable (recouverts de plastiques blancs pour faire moins lugubre) entourent la base des murs extérieurs. Toutes les fenêtres sont condamnés par d'épaisses plaques en métal pour nous protéger de l'éventuel souffle d'une explosion dans la rue ou de balles perdues. Malgré une belle cage d'escalier avec baie vitrée, nous n'en profitons pas à l'intérieur, les vitres étant également cachées par des plaques de métal.

Notre vie se résume donc à Bagdad à rester dans un bureau presque sans lumière extérieure et ensuite à parcourir en voiture les mètres qui nous séparent de la résidence pour y passer la soirée reclus. Heureusement que durant la semaine, parfois, certaines de nos activités nous amènent à sortir ailleurs dans Bagdad. Même si on en parle moins en Europe, les attaques sont quotidiennes en Irak, surtout sur les lieux de grande foule ou envers les forces de sécurité irakiennes. Il faut donc éviter ces lieux.

Bienvenue à Bagdad

Et si vous voulez en savoir plus sur Bagdad, visitez http://fr.wikipedia.org/wiki/Bagdad et vous découvrirez alors que Bagdad veut dire «  Demeure de la Paix » !!! et qu'elle n'est que la 10e ville la plus dangereuse au monde.

Question subsidiaire : en décembre 2010, combien de check-point faut-il passer pour se rendre de la porte de la délégation à la porte de l'avion sur le tarmac de l'aéroport de Bagdad ?

Réponse : 10

 

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