Le Tigray

Avant de vous faire découvrir les églises taillées dans le roc des montagnes du Tigray, je vous propose avant tout de vous faire découvrir Mekele, la capitale du Tigray et ses environs.

Mekele  Mekele

 Située à 800 km au Nord d'Addis, Mekele est facilement accessible grâce à son tout nouvel aéroport et ses deux liaisons quotidiennes depuis Addis. C'est aussi une escale appréciée en route vers la ville touristique d'Axum. Entre 1h30 d'avion ou deux jours et demi de voiture, le choix du transport est vite fait lorsque le temps est compté. Quand je parle d'aéroport moderne, je devrais parler de démesure. Cet aéroport accueille entre 2 et 3 avions par jour, mais ce ne sont pas moins de 11 guichets d'enregistrement qui attendent les passagers. Le hall de départ et d'arrivée est immense. La place est prévue pour accueillir 6 magasins. Mais pour l'instant seuls deux existent. Un restaurant est indiqué, mais il n'est pas ouvert, manque de clients. Les panneaux indiquent les téléphones, mais ceux-ci ne seront peut-être jamais installés.

Mekele

Mekele est devenue importante suite à l'empereur Yohannes IV, qui en a fait sa capitale à la fin du 19e siècle. Aujourd'hui cette ville a toujours une grande importance, car la plupart des membres du gouvernement sont issus du Tigray, dont le premier ministre Meles Zenawi. Ce sont aussi les Tigréens qui sont à l'origine de la chute de la dictature militaire Derg au début des années 1990. Ce sont aussi eux qui aidé à l'indépendance de l'Erytrée. Autant dire que le développement de cette région est fortement aidé par les finances de la république.

A Mekele, rien de particulier à y voir, si ce n'est son marché du samedi matin, avec les chameliers arrivant du désert des Dankil avec leurs animaux chargés de barres de sel. marchand de sel

Le marché aux épices est aussi relativement intéressant. Mais les gens n'aiment pas être pris en photos. Seuls ces commerçants de bric-à-brac ont accepté.

Marché

 Juillet, c'est aussi la saison pour les Tigréens de manger le fruit du cactus. On trouve des vendeurs tous les 200 mètres.

Fruit de cactus

 Même si il n'y a pas grand chose à voir, la ville est relativement différente d'Addis. Point de tôle ondulée, moins d'espaces verts, moins de circulation. La plupart des maisons sont faites de pierres, avec des propriétés entourées de murs de pierres admirablement bien réalisés (certains avec des motifs, par le choix de la couleur des pierres).

Mekele

On peut y admirer aussi les anciens châteaux de l'Empereur Yohannes, construits par deux Français.

Le château

 Quel plaisir de se retrouver ici à Mekele, dans ce haut lieu de l'histoire éthiopienne. Pour moi, c'est presque une semaine de vacances.  L'ambiance de la sous délégation, les Tigréens, le paysage, le fait de travailler dans un lieu différent aident à se changer les idées. De même le climat est plus chaud qu'à Addis en ce moment, sans être caniculaire. En revanche, passer toute l'années ici est beaucoup plus pesant. Comme il y a beaucoup moins d'expatriés qu'à Addis, chacun est surveillé en permanence.

 Durant le week-end, j'ai profité de l'occasion pour partir encore plus au nord, vers Adigrat. Je retrouve des plaisirs bien suisses: conduire sur des routes de montagnes, avec ces grands lacets, ces cols, à la différence qu'ici, ce n'est pas du goudron tout le long, mais parfois de la terre battue et du gravier.

A la sortie de Mekele

Cette route est très connue pour ses nombreuses églises taillées dans le roc, perchées au sommet des montagnes. Mais ça c'est pour une autre fois, car pour l'instant je n'ai pas de photo intéressante.

Les montagnes

En route, on passe devant un autre lieu très important: le village de Negash. C'est ici que se sont établis les premiers musulmans arrivés en Ethiopie. Fuyant les persécutions en Arabie Saoudite, ils se sont réfugiés ici. La mosquée actuelle (dont on discerne le minaret dans le fond au centre de l'image)  a été construite sur le site du premier lieu religieux datant du 7e siècle. Un pèlerinage est organisé chaque année. Il est aussi important de savoir que seuls 3% des Tigréens sont musulmans, les autres étant orthodoxes.

La mosquée de Negash

 Puis un dernier tour de ville dans la rue principale de Mekele

Mekele

 Avant de reprendre l'avion pour la froide ville d'Addis

Mekele

Après vous avoir fait découvrir Mekelle, la capitale du Tigray, laissez-moi maintenant vous faire découvrir le Tigray du Nord et le Tigray du sud. Laissez-vous mener à travers cette quête spirituelle de l'église orthodoxe du Tigray.

 Le paysage est complètement différent des alentours d'Addis, le niveau de développement est aussi nettement plus bas.

Un village

Mon objectif des deux week-ends dans cette région était de partir à la découverte des églises taillées dans la roche. Certes ces églises sont bien moins fameuses que celles de Lalibela, mais les atteindre est toute une aventure et réserve bien des surprises. C'est une partie vitale de l'héritage éthiopien.

Entre Mekelle et Adigrat, pas moins de 120 églises taillées dans la roche sont répertoriées, mais il y en a sûrement bien plus, certaines perchées au milieu de falaises, dans des cavernes cachées... Beaucoup sont inaccessibles (question de sécurité), à moins d'être équipés de matériel d'escalade. Lors de leur construction, le leitmotiv était plus elles sont inaccessibles, plus elles ont de chances de survivre au fil des années. C'est cela qui fait leur attractivité. Ces églises sont le secret le mieux gardé de l'Eglise orthodoxe éthiopienne (et ce fut pour moi un peu aussi l'occasion de découvrir l'orthodoxie au fil des âges).

Jusqu'en 1960, ces trésors étaient inconnus hors de l'Ethiopie. Encore aujourd'hui, on a du mal à expliquer leur origine, leur histoire et leurs architectes. Les traditions locales disent que la majorité datent du 4e siècle, lors des rois Aksumites, Ezanas et Atsbeha. Les historiens eux penchent plus pour une construction au 14e siècle. La version officielle les attribue entre le 6e et le 10e siècle. Aujourd'hui, faute de moyens financiers (Les églises de Lalibella étant bien plus touristiques) et de problèmes d'accès, ces églises sont peu entretenues et menacent donc de perdre leurs peintures intérieures.

Eglise de Chirkos

L'église Chirkos date du 8e siècle. De forme cubique, ce n'est pas l'église qui a été taillée dans une caverne, mais la montagne qui a été taillée autour de l'église pour la faire ressortir de la roche. Tout n'est fait que d'un bloc de caillou, de style Aksumite (plan cruciforme). Dans l'enceinte de l'église, on peut trouver de nombreux arbres et de nombreuses tombes. En passant la première porte, on arrive dans une anté-chambre de 3,7 mètres de large sur 1,8 mètre de profond. Les peintures intérieures représentent des anges et saints. Le plafond se situe à 6 mètres de hauteur et il est soutenu par 13 colonnes. 3 autels représentent les répliques de l'arche de l'alliance, dédiées à St Michael, Ste Marie et St Gabriel.

L'entrée de Negash

D'autres églises sont perchées au sommet d'une montagne, comme sur cette photo ou on peut discerner une église au sommet de la colline dans le lointain. Au premier plan, l'entrée du village de Negash (la première communauté musulmanne en Ethiopie) ainsi qu'un arbre cactus.

Medhane Alem Kesho

L'église de Medhane Alem Kesho est une des plus vieilles et plus fines églises du Tigray. Pour l'atteindre, il faut quitter la belle route goudronnée Mekelle-Adigrat, faire 30 minutes de voiture sur un petit chemin de cailloux (et surtout prendre les bons sentiers aux divers croisements), par endroit relativement pentu (merci au 4x4 et au terrain sec) puis il faut terminer à pieds, par un petit sentier au travers les cailloux pendant 10 minutes pour atteindre le sommet de la montagne. L'enceinte extérieure de l'église est parsemée d'oliviers. Sur la falaise on peut voir des marques qui sont attribuées selon la coutume locale aux traces de pas de St-Georges et de son cheval. Nous n'avons pas reçu l'autorisation par le gardien des lieux d'aller voir l'intérieur. Il nous a donc fallu rester à la porte de la deuxième enceinte, porte appelée Deje-Selam (porte de la paix). Toute l'église est taillée dans le roc et ne possède pas de construction extérieure. Entre les 4 colonnes principales, il y a environ 4 mètres. Après avoir passé la première petite porte, on peut trouver un cloître intérieur avant d'arriver dans l'église principale. La voûte intérieure principale mesure 10,2 mètres sur 10,35 mètres, supportée par 6 colonnes massives. D'après certains, on se croirait dans une cathédrale.

Paysage verdoyant  En route

Pour atteindre ces églises, il ne faut pas avoir peur d'aller se perdre dans la campagne tigréenne. Et comme j'ai pu le constater depuis ma précédente visite, en un mois le paysage a bien changé. Les pluies étant arrivées, le paysage est passé du jaune poussiéreux à un vert flamboyant, gorgé d'eau.

Autre église

Parfois, le seul moyen de découvrir ces églises enterrées, c'est parce qu'une construction en dur à été réalisée à l'extérieur de la roche et qu'un mur d'enceinte délimite ce territoire sacré. Il faut aussi savoir chercher le sommet des collines. « Plus haut, plus près de toi mon Dieu ». La plus part du temps, il faut demander son chemin aux villageois et se faire accompagner par eux.

Les plaines fertiles     Un oiseau

Les paysages traversés sont merveilleux. Malheureusement, malgré la verdure, c'est bien souvent de l'herbe haute et non pas des cultures. Et lorsqu'on peut voir un champ de mais, les épis ne sont bien souvent pas très haut. Ici, pas de culture intensive, pas d'engrais, pas de besoin de terrain en jachère, on fait comme les parents on toujours fait, on prie le bon dieu pour une bonne récolte.

En route   Abraha Atsbeha

L'église Abraha Atsbeha est perchée à mi-montagne (le point blanc au centre de la photo). On laisse la voiture à la sortie du village et on accède à l'église par un escalier magistral taillé dans la montagne, de plusieurs mètres de large.

Abraha Atsbeha

De toutes les églises que j'ai vues, celle-ci est vraiment dans un cadre magique. Située au milieu de nulle part, au pied d'un cirque de falaises, à mi hauteur, tout appel au calme, au silence, au repos, au ressourcement, à la prière. S'asseoir devant l'église, écouter le silence, admirer la nature, et c'est le plein d'énergie fait pour les semaines à venir. Un grand changement par rapport à Addis-Abeba avec son stress, son bruit, ses problèmes, sa foule...

Abraha Atsbeha et le village

Depuis l'autre côté du parvis, on peut discerner le village au pied de la colline et dans le lointain la vallée fertile pour la pâture des troupeaux. On a l'impression que la sérénité du lieu veille sur toute la vallée, que rien ne peut lui arriver.

Abraha Atsbeha

A nouveau, nous n'avons pu voir l'intérieur. On nous a dit que le prêtre habite à 30 minutes d'ici (ce qui veut donc dire que si on va le faire chercher, il faut plus d'une heure). Nous nous contenterons donc des explications du gardien et de la vision extérieure (le bâtiment blanc ne représente que l'anti-chambre de l'église principale). La coupole principale fait 16m sur 13m. 13 colonnes supportent le toit de forme rectangulaire (ne me demandez pas pourquoi il y a toujours 13 colonnes). A l'intérieur on peut voir de nombreuses peintures (demandez le prospectus si vous désirez les voir ou bien venez le constater directement sur place J) dont les dernières datent du 17e siècle et représentent les scènes bibliques. Parmi le trésor le plus important de l'église, il y a la croix de prière qui d'après les officiels de l'église, a appartenu à Frumentius, le premier évêque d'Ethiopie, dont le nom ecclésiastique était Abba Salama (Père de Paix).

Cette église est dédiée aux fameux rois jumaux Axumites qui ont introduit la christianité en Ethiopie au 4e siècle.

Abraha Atsbeha

Après ce petit moment de resourcement, nous reprenons notre route en quête d'une prochaine église. On traverses divers villages où on lieu des distributions de nourritures et semences,

Des enfants

Et toujours autant d'enfants tout au long de la route.

Montagnes

Notre prochain objectif se trouve être une église située sur le premier plateau au centre de la photo, juste au dessus de la première racaille. Nous devons laisser la voiture à plus d'une heure de marche, une rivière ayant emporté une partie de la route.

En avant l'escalade  En avant l'escalade

Pour moi qui suis un habitué des randonnées dans nos belles Alpes, dans le cirque magnifique du Petit-Mont, je ne peux que me régaler ici. De la vraie montagne, de la caillasse , un panorama magnifique à mes pieds. Loin de la ville, pas de gens qui vous dérangent tout le long, pas de voiture, la nature à l'état sauvage. Vive les randonnées en montagne. Malheureusement pour nous, nous n'atteindrons jamais l'église. Arrivés au pied de la falaise, notre guide nous demande de continuer pieds nus pour mieux crocher à la roche. Le passage est un peu scabreux, et il ne faut surtout pas avoir le vertige. Après encore quelques mètres, nous décidons d'abandonner. En effet, le dernier bout doit se faire à pic sur la falaise, avec des petits trous formés avec les années pour gravir la roche et pouvoir s'y aggriper. Bref trop dangereux. Et comme l'après-midi est déjà très entamé, il nous faut aussi penser au temps nécessaire pour rentrer à Mekelle avant la nuit. Nous ne pouvons donc pas nous permettre d'attendre le prêtre (que nous croiserons finalement sur le chemin du retour) pour nous montrer le dernier bout. Il faut dire qu'il habite à une heure de marche de l'endroit où nous avons laissé la voiture.

Panorama

Nous profitons donc une dernière fois du paysage en essayant de repérer la voiture tout au fond dans le lointain derrière l'autre colline.

Perdu dans le tigray

A plus de 2500 mètres, si on n'est pas habitué à l'altitude, on a vite le souffle court. Heureusement, après 6 mois dans le pays, j'y suis plus ou moins accoutumé

Un village   Des enfants

Dernière petite traversée d'un marché de village, et voilà l'heure du retour qui sonne. 

 

Une autre partie de la visite fut consacrée au Sud Tigray. Ici, pas d'églises de grande renommée (à moins de descendre très au sud jusqu'à Lalibela), mais une route très pittoresque. C'est en fait la route principale qui fait Mekelle-Addis (880 km). Nous avons pris cette route jusqu'à Maychew, à 140 km au sud de Mekelle. Mais il nous a fallu 2h30 pour parcourir la distance, avec pas moins de 3 cols, plus de 1000 mètres de dénivelé à chaque fois sur une route de cailloux.

En route vers Maychew
   En route vers Maychew: un col de montagne comme en Suisse

Imaginez la montée de l'Alpe d'Huez au tour de France, vous enlevez le goudron sur la route, vous rétrécissez la route, vous y ajoutez de nombreux trous, vous multipliez par 3 cols et voici ce que représente la route principale qui relie le nord du pays à sa capitale. Heureusement pour les croisements que le traffic est très faible (et il vaut mieux alors ne pas tomber en panne). Moi je me croyais en Suisse, avec des forêts d'arbres qui ressemblaient à des mélèzes (mélangés à ceux d'eucalyptus), les nuages qui passent les cols et s'agrippent aux montagnes, le brouillard, les chutes d'eau, la fraîcheur de la montagne...

Un village de montagne 
Un village de montagne

Autant dire que dans ces montagnes, la qualité de vie n'est de loin pas la même qu'à Addis. Ici j'en suis sur, les gens gagnent moins d'un dollar par jour, l'eau courante est loin d'être une réalité, l'accès à l'éducation et aux soins ne va pas de soi. Ces villages de montagne traversés sur le chemin semblent vraiment loin de tout. Et encore, là nous sommes sur un grand axe. Je doute qu'ici on se pose beaucoup de questions sur le pour ou le contre de la mondialisation.

En route vers Maychew

Sur la route, on peut même encore voir quelques restes de la crise des conflits qui ont régnés ces dernières années avec l'Erythrée.

Vestiges de Guerre

Et pour terminer, une petite vue aérienne du nord de l'Ethiopie.

Les nuages

Les plantes

 

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