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Points de Vues d'Harar

Harar, ville située à 1900 mètres dans les montagnes "Chercher", près de la frontière de Djibouti, semble avoir été soufflée depuis l'autre
côté de la Mer Rouge ou depuis les déserts de l'Afrique du nord musulmane. Pendant des siècles, Harar fut la tête de pointe de la
pénétration de l'Islam dans l'Afrique Subsaharienne. C'est toujours une ville de la plus haute importance aujourd'hui pour la population
éthiopienne musulmane. Au croisement de grandes routes commerciales (entre l'Afrique, l'Inde et le Moyen Orient), cette ville a toujours
abrité de grosses fortunes et les arts se sont développés. Jusqu'en 1850, elle abritait le plus gros marché de la Corne de l'Afrique. Mais
cette ville reste malgré tout un oiseau exotique dans un pays dominé par la chrétienté.

Un peu d'histoire
En 1520, un émir local, Abu Bakr, a décidé de délocaliser sa capitale. Il a choisi Harar, non loin de son ancienne capitale Dakar. Cinq
ans plus tard il est renversé par Ahmed Ibn Ibrahim al Ghazi, surnommé Mohammed Gradn le gaucher. Il s'en suivi des dizaines
d'années de conflit avec les chrétiens durant lesquelles les richesses de la ville furent pillées. Après la mort du souverain, la ville dut faire
face à la migration vers le nord des Oromos (une tribu éthiopienne). C'est de cette époque que datent les grandes murailles de 5 mètres
de haut qui entourent encore aujourd'hui la vieille ville (la porte principale nommée "Porte d'Harar" ou "Porte du Duc" tient son nom du premier duc d'Harar, Ras Makonnen.

Il y a encore 7 autres portes, dont deux furent ajoutées en 1889 par le Roi Menelik). Cette ville vivra durant plus de 30 ans comme ville
indépendante sous une théocratie musulmane. Le commerce (notamment de café et de chat (le joint local)) se développe à nouveau et la ville frappe même sa propre monnaie.


Au 17e et 18e siècle, la ville est réputée pour ses écoles islamiques. L'artisanat de la reliure de livre, des paniers en osier et de tisanerie
est toujours perpétué aujourd'hui.

En 1875, la ville est à nouveau menacée par les Égyptiens qui rêvent d'un empire d'Afrique de l'Est. Avec une armée de plus de 4000
face à une ville sans défense, ils tuent le gouverneur Ad al-Shakur et reprennent la direction de la ville. En 1887, l'Empereur Ménélik
annexe cette province d'Hararge à son empire des Hauts-plateaux. Il est toujours considéré aujourd'hui par de nombreux Amhara (une
des tribus prédominante en Éthiopie) comme les grand rassembleur et son effigie est très présente en Hararge.

Puis avec le nouveau gouvernement (l'actuel mené par le premier ministre Meles Zenawi, mis en place après la chute de la dictature
militaire de Mengistu (aussi appelé le régime Derg) en 1991), la ville d'Harar va retrouver une certaine indépendance en étant reconnu
comme ville-état parmi les 14 états que compte la République fédérale d'Ethiopie.

Pendant des années, la ville resta fermée aux chrétiens. En 1854, le fameux explorateur britannique Richard Burton fut le premier non
musulman à pénétrer dans la ville (déguisé en marchand arabe). Par la suite, la croissance commerciale a attiré de nombreux "Faranjis"
(Étrangers en Amahric, la langue locale) venus d'Inde, d'Arménie, d'Angleterre et de France. Le fameux poète Arthur Rimbaud y a
également passé quelques-une de ces dernières années autour de 1885. C'est d'ailleurs à lui que l'on doit les premières photos d'Harar
(ben oui, en plus d'être poète, il était aussi passionné de photographie). Mais son activité principale fut le commerce d'armes pour le roi Ménelik.

La croissance économique d'Harar a quelque peu souffert lors de l'ouverture de la voie de chemin de fer Djibouti-Addis au 19e siècle.
Le train ne passant pas à Harar, mais à Dire-Dawa (à 1h de route aujourd'hui, par une grande route goudronnée a travers les
montagnes), sa croissance a ralentie. Aujourd'hui, la ville semble quelque peu isolée (le nouvel aéroport se trouvant aussi à Dire-Dawa),
avec une impression de démodée, mais avec un charme très typique. Les Hararis ont leur propre identité ethnique, leur propre langage
et leur propre culture. La vieille ville semble avoir arrêter de se développer, ce qui pour le voyage, contribue très grandement à son charme.


La ville.

D'un style arabique, presque toutes les maisons brillent par leur blancheur. Les ruelles sont étroites et on n'en dénombre pas moins de
362 dans la vieille ville de juste un kilomètre carré. Dans cette même petite vieille ville, on peut découvrir 87 mosquées, ce qui en fait la
ville avec la plus forte concentration au monde. Les sanctuaires dédiés aux saints locaux ou aux leaders religieux sont encore plus
nombreux et personne n'a encore réussi à tous les compter. Le costume traditionnel de la région est beaucoup plus coloré que les autres
habits du reste de l'Ethiopie: une robe noire, jaune, rouge ou pourpre protée sur des pantalons larges. Beaucoup ont des foulards orange et portent facilement des paniers colorés sur la tête.
En plus de la maison où a vécu Rimbaud, on y trouve une autre où un musée lui est consacré. Plus loin on trouve la maison de Ras
Tafari, connue pour un ancien sage pouvant guérir de toutes les maladies avec ses herbes. Le grand Haile Selassie y a passé son
enfance. Au centre de la vieille ville se trouve le marché musulman (on peut y trouver la viande de dromadaire) alors que juste devant les portes extérieures de la ville on trouve le marché chrétien.

Petite devinette: comment reconnaît-on en ville d'Harar un boucher chrétien d'un boucher musulman (j'en connais au moins deux qui
doivent savoir la réponse)? (Vous trouverez la réponse en fin de texte, comme cela vous avez le temps de réfléchir). Une autre des
spécialités de la région est l'Achim, la bière d'Harar, existant sous trois formes: Achim Stout est la plus forte, développée avec des
brasseurs allemands. L'Achim s'approche de la Lager alors que la Sofi est une bière non alcoolisée développée spécialement pour les pieux musulmans hararis.

Les Hyènes

Mais la plus grande attraction de la ville restent les hyènes. Pas besoin de service de voirie, la nuit les hyènes envahissent certaines rues pour
venir manger les détritus. La tradition de nourrir les hyènes à la nuit tombée ne date que de 35 ans, mais elle reste un spectacle très
apprécié pour les touristes, même si il persiste un certain risque pour celui qui nourrit les animaux, car les hyènes restent sauvages. Le
spectacle se passe en dehors de la ville au bord d'une route. L'homme met de la viande au bout d'un bâton qu'il tient dans la bouche ou par la
main et les animaux viennent chercher. Pour ceux qui le désirent, on peut les nourrir nous-mêmes. Impressionnant. Mais qu'est ce qu'ils sont
laids ces animaux. Même si cette tradition sous cette forme est récente, des rituels similaires sont rapportés depuis plus de 700 à 800 ans. On
raconte qu'il y a bien quelques années, il y eut une terrible famine (bien avant celle des années 80 dont beaucoup encore s'en souviennent ou
celle de cette année). Tant les hommes que les animaux avaient faim. Même les hyènes hors de la ville se mirent à lorgner sur les troupeaux et
même les hommes. Mais une nuit, un homme "au cœur pur" fit un rêve, dans lequel Dieu lui demanda de faire un pacte avec les hyènes et de les
nourrir avec un porridge spécial. L'homme s'exécuta et depuis ce jour, hommes et animaux vivent en parfaite harmonie, même en période de pénurie.

Aujourd'hui encore, ce pacte est renouvelé chaque année par les Hararis. Au septième jour du Muharram (je n'ai pas encore trouvé à
quelle date cela correspond), pendant le festival religieux du Al-Ashura, un porridge spécial et préparé avec différentes céréales et servi avec une grosse quantité de beurre fondu.
Deuxième devinette: comment savoir à Harar si l'année va être bonne ou non? (Réponse en fin de texte).

Les maisons traditionnelles Adares:

Les maisons traditionnelles Adares, appelées Gegar sont rectangulaires, à deux étages avec un toit plat. Construites en torchis
renforcées de poutres en bois, puis peintes en blanc, les maisons restent fraîches peut importe la température extérieure et s'apparentent
beaucoup au style côtier des constructions de Djibouti ou d'Érythrée. Parfois on ajoute du vert, bleu ou ocre vif sur les façades. Une
petite cour garde la maison hors de portée des passants. Il y a 100 ans, toutes les maisons d'Harar étaient de ce style. Maintenant,
moins de 25% des constructions sont de style traditionnel. Heureusement, la vieille ville d'Harrar devrait bientôt être protégée et classée dans le patrimoine mondial par l'UNESCO.

Le premier étage de ces maisons, autrefois dévolu au grenier à nourriture, sert aujourd'hui de chambre. La salle principale est constituée
de 5 petits étages, recouverts de tapis et coussins ornés. Les différents étages sont utilisés suivant le statut des invités et des membres de
la famille (les plus âgés en haut, le maître de famille toujours à la même place, les invités sur les étages du bas...) . Onze niches sont
creusées dans les murs afin d'y entreposer les tasses et jarres. Tous ces objets ont une utilité fonctionnelle suivant les différentes
cérémonies. Et en entrant, n'oubliez pas de jeter un oeil sur l'étagère juste au-dessus de la porte. Si vous y voyez un tapis entreposé,
cela signifie qu'il y a une fille en âge d'être mariée dans la maison. Et juste après le mariage, le tout jeune couple occupe une petite cellule
sans fenêtre juste à côté de la pièce principale. Ils y passent une semaine, étant ravitaillés en eau et nourriture par le reste de la famille à l'aide d'un petit passe-plat.

Voilà c'est tout pour aujourd'hui et la découverte de la partie musulmane de l'Éthiopie. Mais j'ai encore une troisième et dernière question pour voir si vous avez bien retenu les premières leçons de découverte de l'Éthiopie: Quel fut le premier lieu d'établissement des
musulmans en Éthiopie?

Solutions des questions :

- Réponse à la petite devinette: comment reconnaît-on en ville d'Harar un boucher chrétien d'un boucher musulman?
Et bien sur la devanture de la boutique, on y trouve
dessiné soit une croix, soit un croissant.
- Réponse à la deuxième devinette: comment savoir à Harar si l'année va être bonne ou non?
La reine des Hyènes (actuellement la femelle dominante)
vient toujours en premier pour goûter. Si elle mange plus de la moitié du pot, l'année va être fructueuse et bonne. Mais en revanche si elle n'en prend qu'un morceau ou n'y
touche même pas, cela annonce la maladie et la peste n'est pas loin. Enfin, si elle mange tout le bol sans ne rien laisser pour le reste de la meute, cela veut dire que la
famine est à l'angle de la rue
- Réponse à la troisième question: Quel fut le premier lieu d'établissement des musulmans en Éthiopie?
Il s'agit du petit village de Negash, au nord de Wukro dans le Tigray où la première mosquée fut élevée au 7e siècle. Le Tigray ne compte aujourd'hui que 3% de musulmans.

- Vous en voulez une dernière juste pour la rigolade: Comment un Éthiopien sait-il si il pleuvra demain (et je l'ai apprise en demandant à un de mes collègues la météo pour le lendemain)?
Il suffit de regarder si les ânes ont les oreilles dressées.
- Et puisqu'on parle d'ânes, savez-vous pourquoi lorsque deux ânes se rencontrent (je sais bien que chez vous vous n'en croisez pas beaucoup, alors qu'ici on peut se retrouver nez à
nez avec un troupeau, même sur le périphérique d'Addis) ils se frottent tête contre tête en se reniflant les oreilles?
D'après une légende traditionnelle Ethiopienne, il y a fort
longtemps, les ânes en ont eu marre d'être les bêtes de somme des hommes. Ils ont donc fait une grande réunion durant laquelle ils décidèrent d'envoyer un émissaire
plaider leur cause auprès de Dieu et mettre fin à leur supplice. Mais depuis les années ont passées et leur représentant n'est toujours pas revenu. Les ânes (mais qu'est ce qu'ils
sont idiots) continuent d'attendre patiemment et avec résignation, mais à chaque fois qu'ils rencontrent un de leurs
congénère, ils se demandent à l'oreille : "Est-ce que notre émissaire est rentré?".
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